Le Monde / d’après AFP PHOTO / GABRIEL BOUYS

Retour sur… Italie – Allemagne 2012 : le jour où Mario Balotelli s’est transformé en « Incroyable Hulk »

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Publié le 29 juin 2020 à 06h00 - Mis à jour le 29 juin 2020 à 07h59

De l’impassibilité colérique à la célébration musclée. En dix jours, Mario Balotelli a présenté au public une palette d’émotions à la hauteur de sa réputation de buteur turbulent. Jusqu’à la demi-finale de cet Euro 2012, qui allait opposer l’Italie à l’Allemagne, « Super Mario » n’avait pourtant guère brillé.

Aussi beau fût-il, son but face à l’Irlande (2-0), le 18 juin lors du troisième match de poule, n’avait rien changé à ses habitudes. Comme les autres, l’attaquant ne le fête pas. Pas le genre de la maison. « Je ne célèbre pas mes buts parce que c’est mon travail, tu as déjà vu un facteur sauter de joie quand il vient de livrer le courrier ? » répondait-il avant l’Euro à ce sujet avec un certain sens de la formule.

Au contraire, son coéquipier Leonardo Bonucci avait dû apposer la main devant la bouche d’un Balotelli, mécontent de son statut de remplaçant, pour l’empêcher d’agonir de mots doux la tribune de presse et la Terre entière. Alors, que s’est-il passé ce 28 juin, dans sa tête, au moment de réaliser l’une des célébrations les plus iconiques de l’histoire du football ?

Sens inné de la mise en scène

A Varsovie, on joue la 36e minute de jeu d’une demi-finale au sommet. Triple championne d’Europe, la Mannschaft n’a jamais perdu, à ce stade, un Euro. Mais la Nazionale, de son côté, n’a jamais connu la défaite contre l’Allemagne en phase finale, sa dernière victoire remontant à une demi-finale de Coupe du monde six ans plus tôt à Dortmund (2-0).

Le 28 juin 2012, à Varsovie, Mario Balotelli (à droite) célèbre, torse nu et muscles contractés, son doublé contre l’Allemagne.

Malgré la bonne entame des joueurs de Joachim Löw, l’Italie mène déjà 1-0 grâce à un premier but de Balotelli. Un quart d’heure plus tard, sur une longue balle en profondeur, l’avant-centre contrôle, prend de vitesse le dernier défenseur et envoie une frappe surpuissante en pleine lucarne. Le match est presque plié et, plus encore que son magnifique doublé, le jeune footballeur de 21 ans s’apprête à entrer dans la légende grâce à son sens inné de la mise en scène.

« Super Mario » enlève son maillot (peu importe le carton jaune prévu par le règlement pour ce type d’exhibitionnisme), lance son plus beau regard noir et contracte ses muscles, bras arrondis vers le sol à la manière d’un culturiste. L’« Incroyable Hulk » n’a qu’à bien se tenir. Cette célébration fait le tour du monde et des réseaux sociaux pour devenir l’un des premiers mèmes footballistiques.

L’artiste, souvent incompris, raconte son inspiration après la rencontre. « C’est mon émotion la plus forte en équipe nationale, mon plus beau match jusqu’ici. Sur le premier but, j’ai exulté parce que mes coéquipiers m’avaient demandé de le faire. Sur le second but, pas besoin d’expliquer, il vous suffit de regarder. »

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Héros enfin au rendez-vous après quelques promesses déçues, l’enfant terrible du football italien croit enfin être lancé vers son destin de star. Oubliés les feux d’artifice lancés depuis sa salle de bain et qui ont mis le feu à sa villa mancunienne au mois d’octobre 2011. Oublié le « Why always me » inscrit sur son t-shirt après un but marqué face à Manchester United.

Un but pour la Mamma

Le sélectionneur Cesare Prandelli, qui l’a sans cesse défendu, contre vents et marées, face aux contempteurs italiens, est enfin conforté. Oui, il a eu raison de le maintenir dans l’équipe « quand tous les tifosi et les médias le voulaient sur le banc ».

Euphorique, le gamin de Palerme, né de parents ghanéens et qui a grandi dans la Botte, à Brescia, avec ses parents d’adoption, prend rendez-vous pour la finale face à l’Espagne. « Ma mère était au stade et mon père devant la télévision, j’ai marqué deux buts devant ma mère, je voudrais en marquer quatre devant mon père à Kiev pour la finale ! » lance-t-il aux journalistes.

Le costaud n’est finalement qu’un grand sensible, avec le sens de la famille. « Mon meilleur moment ç’a été quand j’ai embrassé ma mère après le match. Je suis très heureux, et j’espère être encore plus heureux dimanche, raconte encore Mario. J’espère marquer mais je ne pense pas à une célébration particulière, non. Si on gagne et que je marque, ce sera fantastique, si on gagne et que je ne marque pas, ce sera fantastique de la même façon. »

Les belles histoires ne se terminent pas toujours comme dans un film hollywoodien. La Roja surclassera les Italiens en finale (4 à 0). Ce soir-là, à Kiev, Mario Balotelli n’aura pas l’occasion de célébrer quoi que ce soit.

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