Une sculpture en hommage à Alice Milliat, pionnière du sport féminin

Le Comité national olympique prévoit d’ériger, en 2021, dans son siège parisien, un monument pour honorer la mémoire de celle qui fut, entre autres, cofondatrice de la Fédération des sociétés féminines sportives de France.

Par Publié le 26 juin 2020 à 17h49 - Mis à jour le 26 juin 2020 à 19h29

Temps de Lecture 4 min.

Née en 1884, la Nantaise Alice Milliat a pratiqué (ici, en aviron), mais aussi occupé des fonctions de dirigeante, à la Fédération des sociétés féminines sportives de France.

Pierre de Coubertin est pour l’instant seul, mais plus pour très longtemps. Le baron, père des Jeux olympiques (JO) modernes, se dresse déjà – à travers un monument en bronze – dans le hall du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Le bâtiment parisien s’apprête à ouvrir bientôt ses portes à une autre figure, plus méconnue : d’après nos informations, le CNOSF projette d’inaugurer en 2021 une sculpture en l’honneur d’Alice Milliat.

Le projet, quoique tardif, veut rendre hommage à l’une des précurseuses du sport au féminin : à la fois pratiquante (aviron, en particulier) et présidente d’un club omnisports, le Fémina Sport (1915) ; cofondatrice de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (1917) ; puis créatrice des Jeux mondiaux féminins à Paris, en 1922, deux ans avant les JO (à Paris également), où les femmes représentaient seulement 4 % des participants…

Un enjeu de mémoire

Par « son occupation physique et symbolique de l’espace », cette sculpture permettra de « rappeler le droit des femmes à pratiquer le sport et à exercer des responsabilités de dirigeantes au même titre que les hommes », selon Emmanuelle Bonnet-Oulaldj, initiatrice de ce projet de monument au CNOSF, où elle siège depuis trois ans en tant qu’administratrice. Un enjeu de mémoire mais aussi une « question d’actualité », souligne la coprésidente de la Fédération sportive et gymnique du travail, qui regrette toujours « des inégalités d’accès ».

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A ce jour, seules deux femmes président des fédérations de sports olympiques en France : Isabelle Spennato-Lamour, pour l’escrime, et Nathalie Péchalat, pour les sports de glace, cette dernière ayant été élue en mars après le scandale de violences sexuelles dans le patinage artistique. Les femmes représentaient, par ailleurs, 38,6 % des licences sportives en 2018, selon le décompte ministériel : pourcentage en progression, bien que toujours inférieur à la proportion de femmes (51,6 %) dans la population française.

Sans la crise du Covid-19, le mouvement sportif français aurait souhaité inaugurer l’œuvre le 23 juin 2020, pour l’anniversaire de la création, en 1894, dans une salle de la Sorbonne, à Paris, du Comité international olympique (CIO). Le CNOSF, qui doit se réunir en assemblée générale lundi 29 juin, réfléchit désormais à une date pour 2021. Idéalement au premier trimestre. Par exemple le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes.

« Combats d’hier et d’aujourd’hui »

L’institution a validé dès octobre 2017, un mois après l’attribution à Paris de l’organisation des JO de 2024, le principe d’un groupe de travail pour honorer la mémoire d’Alice Milliat. Emmanuelle Bonnet-Oulaldj s’appuie notamment sur la sociologue Béatrice Barbusse, secrétaire générale de la Fédération française de handball. Cette dernière avait exprimé, dès 2013, à l’occasion des Etats généraux du sport féminin en équipe, le souhait de « faire entrer Alice Milliat au panthéon du sport ».

Participent aussi Jean-Pierre Siutat, président de la Fédération française de basket-ball, et Ayodelé Ikuesan-Oudart, membre de la commission des athlètes de haut niveau du CNOSF. « Je ne connaissais pas Alice Milliat, reconnaît la sportive, vice-championne d’Europe 2014 dans l’épreuve du relais 4 × 100 m. Cette sculpture servira à montrer les combats d’hier et aussi ceux d’aujourd’hui. Il faut encore se battre pour être considérée au même titre que les hommes et pour ne plus avoir à préciser “féminin” après le mot “sport”. »

Dans un courrier d’octobre 2018, le président du CNOSF, Denis Masseglia, a proposé au CIO que celui-ci contribue plus largement au budget du monument (20 000 euros), dont la réalisation a été confiée à l’Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art. Ou encore d’installer une réplique à Lausanne, au siège de l’institution internationale, comme c’est déjà le cas pour Pierre de Coubertin. Contacté, le CIO indique encore « discuter des modalités ».

Le « bon moment »

M. Masseglia a aussi sollicité l’Elysée pour obtenir la remise de la Légion d’honneur à Alice Milliat, à titre posthume. Réponse négative du cabinet de la présidence de la République, il y a trois mois à peine : le code de la Légion d’honneur « autorise seulement à décorer “dans un délai d’un an les personnes tuées ou blessées dans l’accomplissement de leur devoir” ».

« Le baron Pierre de Coubertin a rénové les Jeux olympiques, Alice Milliat a fait en sorte que les femmes puissent y participer, mais il ne faut pas entrer dans une sorte de compétition entre ces deux bâtisseurs, deux visionnaires », affirme au Monde Denis Masseglia. Sans préciser que le baron avait, au départ, exprimé son opposition à une participation féminine aux Jeux.

« On peut respecter l’œuvre d’Alice Milliat, mais il n’y a qu’un Pierre de Coubertin au monde et il continuera à régner seul dans notre hall, avait déclaré le même M. Masseglia au journal La Croix, en mars 2017. Je m’engage à étudier quelque chose, une médaille ou une plaque peut-être, mais pas de statue, ça non ! »

Trois ans plus tard, le dirigeant estime qu’il s’agit du « bon moment » pour faire place à Alice Milliat. L’œuvre prévue pour elle différera, dans sa conception, de celle existante pour Pierre de Coubertin. « Il s’agira d’une œuvre plutôt figurative et contemporaine, pas de quelque chose en bronze », précise Eric Florand, directeur du développement à la Fondation Alice-Milliat, associé lui aussi au groupe de travail du CNOSF.

Une autre idée soumise à « la future maire de Paris »

Dans l’attente des résultats du second tour des municipales, dimanche 28 juin, le groupe de travail chargé d’honorer sa mémoire au CNOSF envisage aussi de solliciter « la future maire de Paris pour qu’un espace public comme une place porte le nom d’Alice Milliat », annonce sa coordinatrice, Emmanuelle Bonnet-Oulaldj. Celle-ci rappelle qu’Anne Hidalgo (PS), en tête des sondages devant Rachida Dati (LR) et Agnès Buzyn (LRM), a préfacé, en 2005, le livre d’André Drevon, Alice Milliat. La pasionaria du sport féminin (Vuibert). Dans la capitale, seul un gymnase du 14e arrondissement rend pour l’instant hommage à cette personnalité du sport. Des rues à son nom existent déjà dans les communes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Arcueil (Val-de-Marne), Sainte-Luce-sur-Loire (Loire-Atlantique) et Saint-Avé (Morbihan).

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