« Ça me manque si je n’ai pas ma dose de sport » : la débrouille des accros au sport confinés

Vélo d’appartement, tapis de course, exercices en ligne… Avec le confinement, les fondus de sport développent des systèmes D pour continuer à pratiquer à la maison.

Par , et Publié le 21 mars 2020 à 12h43 - Mis à jour le 21 mars 2020 à 15h19

Temps de Lecture 5 min.

Les accros au sport ont chacun leurs solutions pour continuer à pratiquer malgré le confinement.
Les accros au sport ont chacun leurs solutions pour continuer à pratiquer malgré le confinement. ANTHONY DIBON / Icon Sport

« C’est un besoin réel que j’ai de faire du sport. Quand je suis privé d’activités, je ne suis pas bien dans mon corps. » Comme Laurent Lagier, un Briviste de 48 ans qui a « toujours baigné dans le sport », nombreux sont les Français, sportifs réguliers, voire quotidiens, empêchés de pratiquer leur activité favorite depuis les mesures de confinement quasi total, annoncées, lundi 16 mars, par Emmanuel Macron à cause de la pandémie due au coronavirus.

Gymnases, piscines, clubs ou encore dojos fermés, rideaux baissés dans les salles de sport… l’activité physique est à l’arrêt. Adieu cours collectifs et rassemblements sportifs, seuls sont tolérés « des déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle des personnes », selon l’attestation dérogatoire de déplacement requise désormais pour sortir de chez soi.

« Faire son jogging oui, mais pas disputer un match de foot », avait prévenu Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, lundi soir. Autrement dit : il est toujours possible de se dégourdir les jambes dans son quartier mais seul(e) et en faisant attention à ne pas croiser d’autres personnes. Le corps médical, lui, est plus catégorique : restez chez vous, martèlent les praticiens, seul moyen d’enrayer la propagation du virus.

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« Une sorte de vide abyssal »

Le commun des mortels s’accommodera de cette injonction, pas l’accro aux endorphines secrétées pendant l’effort. « Nager, ce n’est plus possible, ça va beaucoup me manquer, dit dans un soupir Thibaut Le Guen, adepte de triathlon extrême. Je nage tous les jours, je roule trois fois par semaine, je cours une fois par semaine… » Soit vingt à vingt-cinq heures hebdomadaires, mais désormais, plus le choix, Thibaut fera du vélo en appartement et son jogging sur tapis de course. « C’est loin d’être un plaisir, les entraînements à domicile vont être très monotones », anticipe déjà ce Grenoblois de 29 ans.

« Il peut y avoir une augmentation du stress lié au manque physiologique, qui s’ajoute à celui créé par la situation extrêmement anxiogène que nous vivons »

Pour Claire Tisserant, recluse dans son appartement du 19e arrondissement de Paris, le confinement a ouvert « une sorte de vide abyssal », qu’elle avoue avoir du mal à encaisser. En temps normal, cette avocate de 33 ans se rend trois fois par semaine à la salle de sport pour des cours de boxe et un peu de pilates – « si j’ai le temps » –, et s’astreint à un à deux footings hebdomadaires : « C’est un défouloir. Quand je fais du sport, je ne pense à rien d’autre, je m’aère l’esprit. »

Diminution du stress, prévention de la dépression ou de troubles, comme le diabète ou l’hypertension artérielle… les effets bénéfiques du sport sur la santé physique et mentale sont unanimement reconnus par les médecins et les scientifiques. Alors quand il devient impossible de pratiquer, l’angoisse n’est pas loin. « Il peut y avoir une augmentation du stress lié au manque physiologique, qui s’ajoute à celui créé par la situation extrêmement anxiogène que nous vivons en ce moment, constate Meriem Salmi, psychologue et psychothérapeute, experte auprès de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep). On peut connaître par ailleurs des états d’insomnie dus au manque de fatigue physique. »

Celle qui accompagne de nombreux champions français, dont le judoka Teddy Riner ou le pilote automobile Romain Grosjean, note également chez les sportifs les plus accros, ceux qui pratiquent au quotidien, la possibilité de troubles supplémentaires.

« Certains vont moins bien supporter que d’autres le fait de ne pas pouvoir contrôler sa vie. Des gens vont avoir du mal à modifier leurs pratiques sportives. Ça peut générer de la colère, de l’énervement, voire des épisodes dépressifs. »

Laurent Lagier confirme : « Quand on me prive de sport, je suis irritable, ça joue sur mon moral, confie le polysportif briviste, mordu de triathlon. Ça me manque si je n’ai pas ma dose de sport. Ma femme, quand je ne vais pas bien, elle me dit : “Sors, va faire du sport, ça ira mieux après.” »

Système D

Le yoga peut facilement se pratiquer à la maison.
Le yoga peut facilement se pratiquer à la maison. SEAN PRIOR / WAVEBREAK MEDIA / PHOTONONSTOP

Alors, depuis l’instauration du confinement, chacun a son système D pour échapper au manque et faire du sport à la maison. Claire Tisserant visionne notamment les vidéos de la boxeuse Sarah Ourahmoune. « Au programme ce matin : cinq rounds de trois minutes de corde à sauter et cinq rounds de shadow-boxing [exercice qui consiste à boxer dans le vide]. C’est sûr que l’intensité n’est pas la même que dans un cours collectif et il n’y a aucun coach pour te booster, mais ça fait du bien », assure la jeune femme, qui s’autorise également quelques sorties pour aller courir.

L’équation est un peu plus complexe pour Amandine Giannone, danseuse de West Coast Swing, qui forme avec son mari, Lionel, un couple de bon niveau mondial, habitué à se produire à l’étranger : « La salle où on enseigne est fermée, on ne peut même plus s’y entraîner. On se mettra dans notre salon, on poussera le canapé pour danser, s’amuserait presque la Grenobloise de 36 ans. Ça nous fera un petit 15 m2, la salle elle fait 100 m2… »

« Retrouver des routines »

S’adapter, le maître mot pour faire face à une situation de confinement qui risque de durer. « Il faut avoir ses repères de vie, se faire son emploi du temps de façon à retrouver des routines du quotidien, conseille la psychologue Meriem Salmi. Ça va nous apprendre à développer d’autres compétences. »

Joël Virion l’a bien compris. Avant la pandémie, les semaines de ce Parisien de 48 ans, fondu de sport et d’aviron en particulier, étaient réglées au millimètre : quatre jours de salle, dès 7 heures du matin, à faire de la musculation ou des séances d’une heure de rameur, et des sorties le week-end, « et parfois le mercredi », dans son club d’aviron de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne). « Une drogue », reconnaît-il.

Depuis mardi 17 mars, le quotidien de cet ingénieur dans le bâtiment est bouleversé. « Je me suis mis en place de nouvelles habitudes. Je vais faire tous les jours des exercices physiques pendant une heure : pompes, gainages, squats… »

Joël assure que les premiers jours de sevrage ne lui pèsent pas encore. Mais il appréhende : « On va voir d’ici une à deux semaines. Et ce week-end, il doit faire beau. Quand je ne vais pas pouvoir aller ramer, là, ça va commencer à tourner. » Joël Virion promet alors de chausser ses baskets.

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Quelques conseils pour garder la forme

Depuis lundi, sportifs, sites spécialisés, salles de fitness (etc.), tous y vont de leurs conseils sur Internet pour garder la forme en période de confinement. Le ministère des sports recommande, lui, 1 heure minimum par jour d’activités physiques pour les enfants et les adolescents et 30 minutes pour les adultes.

« Le risque pour les plus jeunes est d’être exposé trop longtemps aux écrans », prévient Anne-Laure Morigny, préparatrice physique à l’Insep. Alors pour éviter de passer trop de temps sur son canapé, elle incite parents et enfants à « se bouger, s’étirer et aller marcher régulièrement ». Pour ceux qui n’ont pas de jardin, pas de problème : essayer d’utiliser votre mobilier intérieur, les murs, les escaliers de votre immeuble pour réaliser des exercices physiques. « Prenez des bouteilles d’eau en guise d’haltères », conseille Anne-Laure Morigny, qui appelle chacun « à redoubler d’efforts en matière de créativité ».

Elle-même a envoyé des programmes de séances physiques à ses proches. « Je les défie sur WhatsApp », s’amuse la jeune femme qui voit dans le confinement « une opportunité pour chacun de se (re)mettre au sport ».

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