Championnats du monde de biathlon : Tiril Eckhoff, un ski d’enfer et la gâchette enfin sûre

La biathlète norvégienne, favorite des Mondiaux d’Antholz-Anterselva, du 13 au 23 février, aura pour principales rivales l’Italienne Dorothea Wierer et la Suédoise Hanna Oeberg.

Par Publié le 13 février 2020 à 06h15 - Mis à jour le 14 février 2020 à 15h01

Temps de Lecture 3 min.

Tiril Eckhoff lors de la Coupe du monde de biathlon à Ruhpolding, en Allemagne, le 15 janvier.
Tiril Eckhoff lors de la Coupe du monde de biathlon à Ruhpolding, en Allemagne, le 15 janvier. Matthias Schrader / AP

Depuis son sans-faute à la poursuite d’Hochfilzen (Autriche) mi-décembre 2019, Tiril Eckhoff semble impossible à arrêter. Lancée à un train d’enfer avec six victoires individuelles, dont un triplé au Grand-Bornand (Haute-Savoie) peu avant Noël, la Norvégienne sera incontestablement la femme à battre lors des Mondiaux de biathlon d’Antholz-Anterselva, en Italie, du 13 au 23 février.

L’Italienne Dorothea Wierer, en délicatesse avec son dos en janvier, et la Suédoise Hanna Oeberg, boostée par sa victoire dans la mass start (un départ groupé et une distance de 12,5 km) de Pokljuka, en Slovénie, dernière épreuve en date il y a trois semaines, en savent quelque chose. Difficile, à la régulière, de suivre le rythme de la leader de la Coupe du monde, qui affiche de course en course des statistiques au tir supérieures à ses deux principales rivales.

« Depuis quelque temps, elle loupe peu de tirs, forcément ça fait des dégâts, elle est en pleine confiance », Julia Simon, 5e au classement général

Une précision et une régularité inédites chez la jeune femme de 29 ans, plutôt connue jusqu’alors pour ses défaillances sur le pas de tir. « Elle a passé un vrai cap. Son niveau de tir s’est considérablement amélioré. De très irrégulière, elle est devenue une athlète très régulière. C’est ce qui explique qu’elle a dominé une partie des épreuves individuelles », explique Siegfried Mazet, l’entraîneur français de l’équipe norvégienne de biathlon.

Désormais Tiril Eckhoff ne manque plus beaucoup de balles. Depuis Hochfilzen, la Scandinave blanchit la cible près de neuf fois sur dix (92 % au couché, 86 % au debout). « C’est une fille qui a toujours été très, très rapide sur les skis et, depuis quelque temps, elle loupe peu de tirs, forcément ça fait des dégâts, elle est en pleine confiance », constate Julia Simon, cinquième au classement général et l’une des meilleures chances françaises de médailles avec Justine Braisaz.

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Mais avant de lancer son OPA sur la saison, Tiril Eckhoff a mis du temps pour vaincre les complexes qui la rongeaient. Une enfance dans la banlieue d’Oslo, « de longues heures passées dans la neige à regarder mon frère [Stian, ancien biathlète de haut niveau] et ma sœur s’amuser au biathlon », a confié la championne dans une interview à l’IBU, la fédération internationale de biathlon.

Au début des années 2010, la Norvégienne fait ses premiers pas en Coupe du monde dans l’ombre de sa compatriote Tora Berger, alors meilleure biathlète mondiale. Très vite, la jeune Tiril décroche ses premières médailles, notamment l’or olympique à Sotchi en 2014 au relais mixte, le bronze au relais et à la mass start. Tout semble lui sourire.

Pourtant, malgré quelques coups d’éclat, comme son titre en sprint lors des Mondiaux d’Holmenkollen (Oslo), à domicile, en 2016, la jeune femme peine à s’imposer sur le circuit mondial. La raison ? La retraite sportive de Tora Berger, en 2014, laisse un grand vide dans l’équipe norvégienne. Les attentes de tout un pays se portent alors sur Tiril Eckhoff. Pas taillée pour le costume, avancent certains. « Quand Tora a arrêté, ça a mis directement un coup de projecteur sur Tiril, elle devait assumer tous les résultats de l’équipe féminine un peu malgré elle, explique Siegfried Mazet. Elle n’était pas prête à ça, elle a versé beaucoup, beaucoup de larmes. »

« Elle se cherchait des excuses »

Résultat, la jeune femme commence à douter, se montre fébrile derrière la carabine, les saisons se suivent et Eckhoff ne parvient pas à se hisser parmi le gotha mondial. Siegfried Mazet explique : « Elle se cherchait des excuses, toujours les mêmes : “j’y arriverai jamais”. C’est un peu ce qui la traumatisait ».

L’arrivée il y a deux ans, au sein de l’équipe norvégienne, de Patrick Oberegger, transfuge de l’équipe italienne, va changer les choses. Le Transalpin se porte au chevet d’Eckhoff, évacue une à une les raisons de ses défaillances au tir, puis place la championne devant ses responsabilités. « Il ne lui a plus laissé le choix, se souvient Mazet. Et ce qui était exceptionnel est devenu régulier à l’entraînement, et donc le jour de la compétition. »

Après son triplé dans les Aravis en décembre, Tiril Eckhoff, qui désormais arrive plus relâchée sur le pas de tir, n’a pas manqué de remercier Oberegger pour son travail effectué lors de la préparation estivale, ajoutant dans un sourire qu’elle allait passer la pause de Noël à faire « de longues et ennuyeuses séances d’entraînement ». La Norvégienne devra veiller à ne pas retomber dans ses travers, à être sur la défensive, prévient Mazet. « Elle a une bonne carte à jouer, elle a vraiment moyen de se faire plaisir sur ces championnats. » Pour Tiril Eckhoff, les larmes des idées noires appartiennent au passé.

Julia Simon et Justine Braisaz, leaders des Bleues

Julia Simon et Justine Braisaz seront les chefs de file de l’équipe de France de biathlon aux Championnats du monde d’Antholz-Anterselva (Italie), du 13 au 23 février, composée également de Célia Aymonier et Anaïs Bescond (plus Chloé Chevalier comme remplaçante). Simon (5e au classement général de la Coupe du monde) et Braisaz (8e) représentent les meilleures chances de médailles françaises dans les courses individuelles. Les Bleues, qui ont effectué un stage de préparation dans le Val d’Aoste, à la même altitude qu’Anterselva (1 600 m), ont de grandes ambitions pour ces Mondiaux : « Deux médailles individuelles et deux médailles sur les relais », annonce Frédéric Jean, l’entraîneur. En 2019, les Bleues étaient reparties d’Ostersund (Suède) avec la seule médaille de bronze de Justine Braisaz, lors de l’individuelle.

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