Aux Mondiaux de biathlon, duel à… trois pour une couronne

A Antholz-Anterselva, du 13 au 23 février, le match entre Martin Fourcade et le Norvégien Johannes Boe pourrait être arbitré par Quentin Fillon Maillet.

Par Publié le 13 février 2020 à 07h24 - Mis à jour le 13 février 2020 à 09h38

Temps de Lecture 5 min.

Avant les Championnats du monde de biathlon, Martin Fourcade mène la danse au classement général de la saison régulière (601 points), devant son compatriote Quentin Fillon Maillet (532) et le Norvégien Johannes Boe (482).
Avant les Championnats du monde de biathlon, Martin Fourcade mène la danse au classement général de la saison régulière (601 points), devant son compatriote Quentin Fillon Maillet (532) et le Norvégien Johannes Boe (482). Manzoni / Icon Sport

A Antholz-Anterselva, coquette station du Sud-Tyrol qui accueille les championnats du monde de biathlon du 13 au 23 février, tous les rois ne sont pas conviés au banquet. Fabien Claude et Antonin Guigonnat, pourtant respectivement classés au 16e et au 25e rang mondial, ont hérité de l’étiquette ingrate de remplaçants quand, d’ordinaire, leur classement leur donne le droit de disputer la mass start, la course reine (départ groupé). Cette semaine, les deux Français sont relégués sur le circuit B de la Coupe du monde : pendant que leurs petits camarades défieront le gratin, eux skieront sur le site voisin de Martello.

Leur infortune illustre la densité actuelle de l’équipe de France, qui se présente aux Mondiaux avec quatre de ses représentants dans le top 10. Après 13 courses sur 24, Martin Fourcade mène la danse au général (601 points), devant son compatriote Quentin Fillon Maillet (532) et le Norvégien Johannes Boe (482). Derrière, Simon Desthieux (4e) et Emilien Jacquelin (8e) sont en embuscade. Avec cinq Norvégiens parmi les 11 premiers, la Coupe du monde de biathlon se résume, depuis le début de la saison, à un match France-Norvège.

Sur le papier, les Bleus n’ont pas d’excuse pour faire oublier l’échec de 2019 à Östersund (Suède), où la France s’était classée 8e nation au tableau des médailles, avec une médaille d’argent (Antonin Guigonnat sur la mass start) et 3 médailles de bronze seulement. On y avait vu le fantôme de Martin Fourcade, mâchoire béante, et surtout son martyre, jusqu’à finir 39e de l’individuel. Jamais le quintuple champion olympique n’avait été aussi mal classé aux championnats du monde ; pour la première fois depuis 2009, il était reparti bredouille.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Biathlon : Martin Fourcade repart « avec envie et ambition »

Le grand bluff de Johannes Boe

Un an après, le Catalan part en reconquête. Après une dizaine de jours à la maison, lui et les autres Bleus ont passé cinq jours en stage à Bionaz, au cœur du Val d’Aoste. « J’ai été vigilant sur les temps de repos, c’est quelque chose qui m’a beaucoup affecté l’an dernier, je n’avais pas envie de reproduire cette erreur, assure Martin Fourcade. Ce serait mentir de dire que je suis à mon meilleur niveau, de 2018 par exemple, mais j’ai bien préparé ces Mondiaux, je suis dans la même dynamique qu’en janvier. »

« Je ne suis plus dominateur comme par le passé, mais ça rend la chose excitante », assure Martin Fourcade

Son retour au premier plan après les fêtes lui laisse espérer autre chose qu’un zéro pointé. En l’absence de Johannes Boe, resté quinze jours pouponner après la naissance de son fils, Fourcade ne s’est pas fait prier pour lui souffler son maillot jaune.

Quatre victoires sur six courses individuelles et une efficacité retrouvée sur le pas de tir, après un début de saison chevrotant : en janvier, Martin « la Gâchette » Fourcade n’a manqué que trois balles sur 120 tirées, soit un taux insensé de 97,5 % de réussite. « Ça doit être mon point fort si je veux peser sur ces championnats, avance-t-il, sans se leurrer. Je ne suis plus dominateur comme par le passé, mais ça rend la chose excitante, il n’y a aucune résignation de ma part. »

Lire aussi Championnats du monde de biathlon : Tiril Eckhoff, un ski d’enfer et la gâchette enfin sûre

Fourcade, 31 ans, a dû se faire à l’idée de ne plus avoir les jambes de ses 20 ans, et ne peut s’empêcher de voir dans son rival, de cinq ans son cadet, le reflet du « monstre » qu’il avait lui-même créé. « Même si [Martin] a le maillot jaune, pour moi, Johannes reste le favori de ces championnats du monde », estime Vincent Vittoz, l’entraîneur des Bleus. Le cadet des frères Boe n’est pas du genre à se contenter de jouer les dauphins du roi. Et même s’il s’en défend, il peut encore espérer décrocher le globe de cristal, attribué au vainqueur du classement général au terme de la saison.

Lire aussi Biathlon : retour victorieux à Pokljuka pour Johannes Boe

Pour son retour, à Pokljuka (Slovénie) le 23 janvier, le Norvégien n’a pas convaincu grand monde en claironnant qu’il se sentait « un peu fatigué ». Il a repris 2020 comme il avait laissé 2019 et remporté sa sixième course de la saison lors de l’individuel 20 km devant… Fourcade. Roi des spatules et roi du bluff ? « Bien sûr qu’il bluffe ! Certes, il n’a pas le droit à l’erreur, après, il va se donner à fond, pressent Stéphane Bouthiaux, directeur technique national de la discipline. Il s’enlève un peu de pression, mais [le classement général], il l’a dans un coin de la tête et Martin et Quentin en sont, bien entendu, conscients. »

« Rivalité saine » entre Fourcade et Fillon Maillet

Au départ de la mass start de Pokljuka, tous les yeux étaient rivés sur l’affrontement entre les deux meilleurs biathlètes du moment. Mais Quentin Fillon Maillet s’est invité à la fête, victorieux douze mois après son premier succès en Coupe du monde à… Antholz, déjà sur une mass start. Médaillé à deux reprises la saison dernière au Mondial d’Östersund (3e du sprint et de la poursuite), il vise cette fois l’or. « J’ai trois victoires en Coupe du monde, j’ai envie de concrétiser ça aux Mondiaux. »

Deuxième du classement général et premier de cordée chez les Français l’hiver dernier, le Jurassien confirme cette saison qu’il a fini de s’émanciper. En un an, « QFM » est passé du statut de jeune prometteur à celui d’outsider capable de rafler la mise : « L’objectif, c’est d’aller chercher le gros globe de cristal, c’est de loin le titre le plus dur à aller chercher, le niveau est tellement dense », convient-il.

Lire aussi Biathlon : la confirmation Quentin Fillon Maillet

Sur la piste, Fourcade et Fillon Maillet ne se feront pas de politesses. Mais la concurrence s’arrête là, à en croire l’encadrement. « Cette rivalité est toujours aussi saine », assure Vincent Vittoz. Pour preuve, avance-t-il, les deux hommes ont fait chambre commune lors du stage. « Les deux sont de très gros compétiteurs. Martin, c’est quelqu’un qui n’aime pas perdre au plus profond de lui, et Quentin va toujours au bout de lui-même. »

Avec le reste du groupe, ils se sont promis de faire de ces Mondiaux une grand-messe collective. La France n’a plus gagné de titre en relais depuis 2001 et la victoire de l’équipe emmenée par Raphaël Poirée. « Ça nous trotte tous dans la tête, jure le benjamin, Emilien Jacquelin. On a toujours une grosse rivalité avec la Norvège mais sur le dernier relais [à Ruhpolding, en Allemagne, le 18 janvier], on a montré qu’on était capables de bien gérer et de gagner. »

Aucun risque que ces gars-là soient écœurés par le goût des podiums. « Même nous, on a tendance à banaliser et ne plus profiter de ces instants, y en a tellement qui s’accumulent, reconnaît Stéphane Bouthiaux. Mais eux, leur motivation coule de source, ils ont bossé comme des enragés pour en arriver là, ils savent exactement pour quoi ils sont là. »

Le programme des Mondiaux

Jeudi 13 février

  • Relais mixte, départ à 14 h 45

Vendredi 14 février

  • Sprint femmes, départ à 14 h 45

Samedi 15 février

  • Sprint hommes, départ à 14 h 45

Dimanche 16 février

  • Poursuite femmes, départ à 13 heures
  • Poursuite hommes, départ à 15 h 15

Mardi 18 février

  • Individuel femmes, départ à 14 h 15

Mercredi 19 février

  • Individuel hommes, départ à 14 h 15

Jeudi 20 février

  • Relais mixte simple, départ à 15 h 15

samedi 22 février

  • Relais femmes, départ à 11 h 45
  • Relais hommes, départ à 14 h 45

Dimanche 23 février

  • Mass Start femmes, départ à 12 h 30
  • Mass Start hommes, départ à 15 heures
Julia Simon et Justine Braisaz, leaders des Bleues

Julia Simon et Justine Braisaz seront les chefs de file de l’équipe de France de biathlon aux Championnats du monde d’Antholz-Anterselva (Italie), du 13 au 23 février, composée également de Célia Aymonier et Anaïs Bescond (plus Chloé Chevalier comme remplaçante). Simon (5e au classement général de la Coupe du monde) et Braisaz (8e) représentent les meilleures chances de médailles françaises dans les courses individuelles. Les Bleues, qui ont effectué un stage de préparation dans le Val d’Aoste, à la même altitude qu’Anterselva (1 600 m), ont de grandes ambitions pour ces Mondiaux : « Deux médailles individuelles et deux médailles sur les relais », annonce Frédéric Jean, l’entraîneur. En 2019, les Bleues étaient reparties d’Ostersund (Suède) avec la seule médaille de bronze de Justine Braisaz, lors de l’individuelle.

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.