Pourquoi le Parquet national financier est dans la tourmente

Depuis les déclarations de l’ancienne procureure Eliane Houlette sur des « pressions » de sa hiérarchie lors de l’enquête sur les époux Fillon, l’institution tangue. Revue des dossiers embarrassants, qui alimentent les critiques.

Par Publié le 28 juin 2020 à 14h36 - Mis à jour le 29 juin 2020 à 18h32

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L’ancienne procureure du Parquet national financier (PNF), Eliane Houlette, au Palais de justice de Paris, en mars 2014.

En affirmant, le 10 juin devant la commission d’enquête parlementaire sur les obstacles à l’indépendance de la justice, qu’elle avait subi des « pressions » de sa hiérarchie dans la conduite de l’enquête sur François Fillon, l’ancienne procureure du Parquet national financier (PNF) Eliane Houlette pouvait-elle ignorer qu’elle allait inoculer le poison du soupçon à l’institution qu’elle a dirigée pendant six ans ? Elle a beau avoir tenté plus tard de préciser ses propos en affirmant que « les pressions » dont elle avait fait l’objet ne portaient que sur des questions procédurales et n’émanaient que du parquet général et aucunement des autorités politiques, ses propos ont provoqué une déflagration dont le souffle ébranle aujourd’hui toute l’institution judiciaire, alors que le délibéré du procès des époux Fillon doit être rendu lundi 29 juin.

  • Les « pressions » de l’affaire Fillon

Le parquet général « nous envoyait des demandes de transmission rapide des éléments sur les derniers actes d’investigation, des demandes de transmission des premiers éléments sur les actes de la veille, avant onze heures, des demandes de précisions sur les perquisitions en cours, sur les réquisitions supplétives, des demandes de chronologie générale – et tout cela à deux ou trois jours d’intervalle –, des demandes d’éléments sur les auditions, de notes des conseils des mis en cause, etc. (…) S’exerçaient donc sur nous un contrôle très étroit et une pression très lourde. » C’est par ces mots soigneusement choisis qu’Eliane Houlette a décrit devant les parlementaires la façon dont elle avait vécu les « demandes incessantes » de sa supérieure hiérarchique, Catherine Champrenault, laissant libre cours à toutes les interprétations possibles quant à une possible instrumentalisation politique de la justice, en pleine campagne présidentielle, alors que M. Fillon était le candidat du parti Les Républicains (LR).

A droite, nombreux sont ceux qui se sont indignés de telles déclarations. Rachida Dati, ancienne ministre de la justice, par ailleurs visée par une enquête pour corruption, a qualifié le PNF d’« officine ». Christian Jacob, le président de LR, est allé jusqu’à poser « la question de [son] existence ». Dimanche, le député Eric Ciotti (LR, Alpes-Maritimes) a annoncé son intention de déposer une loi pour supprimer cette institution.

Lire aussi Eric Ciotti va déposer une proposition de loi pour supprimer le Parquet national financier

Les avocats de François Fillon ont pour leur part demandé à ce que les débats du procès de leur client soient rouverts. Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est vu lui-même contraint de sortir de sa réserve pour demander au Conseil supérieur de la magistrature d’« analyser si le Parquet national financier a pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression », lors de son enquête.

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