Le ministère de l’intérieur passif face au mouvement de colère des policiers qui s’amplifie

Des manifestations sauvages se déroulent chaque jour, et notamment, vendredi, devant le Bataclan à Paris. Les autorités craignent désormais un désengagement des troupes.

Par Publié le 27 juin 2020 à 03h43 - Mis à jour le 28 juin 2020 à 11h29

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Des policiers rassemblés pour protester contre les réformes annoncées par Christophe Castaner, à Nice, le 12 juin.

Il est facile de les repérer aux éclats de lumière bleutée dans la nuit et au bruit caractéristique de la sirène deux tons. Depuis près de trois semaines, la même scène se répète tous les soirs, un peu partout en France : des dizaines de policiers se rassemblent, allument les gyrophares et protestent quelques minutes contre le « lâchage » par le pouvoir dont ils estiment faire l’objet.

Vendredi 26 juin, c’est devant le Bataclan, à Paris, que se sont agglutinés les véhicules sérigraphiés. Dans l’anonymat de la nuit, le propos tranche avec le devoir de réserve habituel. « [Christophe] Castaner nous a planté un couteau dans le dos, pour nous ce n’est plus notre ministre », confiait un membre d’une brigade anticriminalité (BAC), croisé place de la République à Paris, lors de l’une de ces manifestations sauvages.

En cause, la communication maladroite du ministre de l’intérieur qui avait annoncé, lors d’une conférence de presse organisée le 8 juin, la suppression de la clé d’étranglement et la suspension automatique des agents contre lesquels il y aurait un « soupçon avéré » de racisme. Au-delà du concept douteux sur le plan juridique, dont Christophe Castaner avait regretté l’emploi, le malaise est plus profond.

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Les policiers considèrent que le discours du locataire de Beauvau marque une rupture avec la doxa gouvernementale de soutien absolu aux forces de l’ordre, qui prévalait jusque-là et qui se résumait par cette formule répétée à l’envi durant tout le mouvement des « gilets jaunes » : « Les violences policières n’existent pas ».

Le syndicat Alliance police nationale, l’une des principales organisations de gardiens de la paix, demande à être reçu par Emmanuel Macron. « On a besoin que le chef de l’Etat nous écoute, explique Olivier Hourcau, secrétaire général adjoint. On en a ras le bol de la stigmatisation des policiers, du lynchage de la part de certains élus. Il faut qu’ils se rendent compte qu’on n’avait jamais vu ça, des actions dans toute la France, tous les soirs. On attend des réponses. »

Syndicats particulièrement offensifs

Loin de se dégonfler, le mouvement de colère des forces de l’ordre semble en effet s’être amplifié ces derniers jours, avec des actions symboliques. Deux d’entre elles ont particulièrement retenu l’attention. Mercredi 24 juin, 200 fonctionnaires ont ainsi déposé leurs matraques au sol à Strasbourg afin de protester contre la condamnation à dix-huit mois de prison avec sursis de l’un des leurs, pour avoir matraqué une « gilet jaune » de 62 ans. Une mise en cause directe d’une décision judiciaire.

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