Messages racistes de policiers sur Facebook : Castaner saisit la justice, le parquet ouvre une enquête préliminaire

Dans un groupe privé Facebook, près de 8 000 policiers, ou se présentant comme tels, s’échangeaient des messages racistes. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris pour « injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale ».

Par Publié le 06 juin 2020 à 09h59 - Mis à jour le 06 juin 2020 à 19h38

Temps de Lecture 4 min.

Interrogé au Sénat lors des questions d’actualité au gouvernement, mercredi 3 juin, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a été clair. « Chaque faute, chaque excès, chaque mot, y compris des expressions racistes » imputables aux forces de l’ordre fera « l’objet d’une enquête, d’une décision, d’une sanction », promettait-il au lendemain d’une manifestation inédite destinée à dénoncer les violences policières, qui a rassemblé 20 000 personnes à Paris, dans le sillage de la mobilisation mondiale visant à dénoncer la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, à la suite une intervention policière à Minneapolis, fin mai.

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Vendredi 5 juin, le ministre de l’intérieur a annoncé saisir le parquet de Paris à la suite des révélations du site d’information en ligne StreetPress. Le média a mis à jour l’existence d’un groupe Facebook, composé de 7 760 membres des forces de l’ordre (ou se présentant comme tels) sur lequel des messages à caractère raciste, sexiste, homophobe – et plus largement des propos haineux – étaient régulièrement publiés. Le parquet de Paris a annoncé ouvrir une enquête préliminaire pour « injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale ».

Selon les informations de StreetPress, ce groupe Facebook nommé TN Rabiot Police Officiel, créé en 2015, est réservé aux forces de l’ordre ; il est administré par un policier et une civile liée à un collectif de policiers. Même si les membres du groupe doivent officiellement respecter une charte de déontologie, les captures d’écran des messages échangés laissent peu de place au doute quant à la teneur des propos.

Très récemment, par exemple, le rassemblement organisé mardi 2 juin par le collectif La Vérité pour Adama – du nom de ce jeune homme mort sur le carrelage de la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise, en juillet 2016, et dont l’enquête pour déterminer les causes de la mort est toujours en cours – a suscité bon nombre de commentaires, parfois xénophobes, sur le groupe Facebook en question : « Paris ? J’ai un doute qu’on soit encore en France », écrit un membre. Un autre enchaîne : « C’est noir de monde ! » Avant de se voir répondre : « Non, c’est noir de merde. » Et une policière de conclure, rieuse : « Une sombre histoire ? »

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L’un des autres sujets récurrents de moquerie sur ce groupe Facebook : les accidents qui impliquent des jeunes roulant en moto de cross. C’est le cas de Sabri, un habitant d’Argenteuil de 18 ans, qui a percuté un poteau électrique à moto, dans la nuit du 16 au 17 mai, alors qu’il venait de croiser sur son chemin une voiture de la brigade anticriminalité, au sujet duquel des photomontages injurieux sont publiés sur le groupe Facebook.

Quant aux quelques voix dissonantes qui tentent de calmer leurs collègues, elles se trouvent violemment discréditées, rapporte StreetPress. « Vous serez les premiers à pleurer qu’une personne de l’extérieur fasse une capture d’écran et l’envoie à qui de droit ! Vous tendez le bâton parfois pour vous faire battre ! Comme si on n’avait pas assez de soucis comme cela ! », écrit par exemple une policière. Qui se voit aussitôt rétorquer : « [Une] pseudo-collègue qui arrive à défendre ces immondes salopes… On n’a pas besoin de fragiles dans la boîte. »

« Racisme inacceptable »

« Le policier n’est pas au-dessus des lois. Chacun assume ses propos, et si ça se situe en dehors de la loi, ils seront sanctionnés. On ne peut pas défendre l’indéfendable. Ce qui est valable pour nous est valable pour les autres : ceux qui nous stigmatisent doivent être punis aussi. Et ceux qui sont en face de nous doivent être irréprochables aussi », a déclaré Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance.

Dans le cadre d’une autre affaire, Médiapart et Arte Radio, étayant une information initialement révélée par Paris Normandie et 76actu, ont aussi publié, jeudi 4 mai, des messages sexistes et racistes qui mettent en cause les forces de l’ordre. Alex, un policier noir de 43 ans affecté à Rouen, a saisi la justice en décembre 2019 après avoir découvert l’existence d’une conversation WhatsApp impliquant plusieurs de ses collègues qui le visent directement, en parlant de lui comme d’un « nègre ».

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Les policiers ne s’arrêtent pas là : ils qualifient l’une de leurs collègues femmes de « pute à nègre », tout en ayant recours à un vocabulaire antisémite d’une grande violence. Ils écrivent par exemple : « Vu que c’est les juifs et les gauchistes qui dirigent ce pays, on fait en sorte que la fille aille vers le bougnoule ou le nègre. En Angleterre ou en Allemagne, c’est pas comme ça, t’éduques ta fille pour qu’elle continue dans la race aryenne. » Une enquête, confiée à l’Inspection générale de la police nationale, a conclu au renvoi des fonctionnaires concernés devant le conseil de discipline.

Alors que les accusations de racisme à l’encontre des forces de l’ordre se multiplient depuis plusieurs jours, le ministre de l’intérieur et le directeur général de la police nationale campent sur une ligne claire : « La police en France n’est pas raciste. » « Le racisme est inacceptable dans la police ou ailleurs, rapporte Grégory Joron, secrétaire général délégué du syndicat SGP Police-FO. Mais cela ne reflète pas le quotidien des collègues, chaque jour des millions d’interventions montrent que la police n’est pas raciste. Je m’étonne que les saisines du parquet par Christophe Castaner n’aboutissent jamais quand il s’agit de dénoncer des propos haineux à l’encontre des forces de l’ordre. »

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