« Le vrai virus, c’est le racisme » : quelque 23 300 personnes ont manifesté en France contre les violences policières

Selon le ministère de l’intérieur, près de 5 500 personnes ont participé au défilé à Paris. En dépit des restrictions sanitaires et des interdictions, des rassemblements ont aussi eu lieu à Bordeaux, Lyon, Lille, Rennes ou Marseille.

Le Monde avec AFP Publié le 06 juin 2020 à 00h34 - Mis à jour le 06 juin 2020 à 21h56

Temps de Lecture 6 min.

Manifestation contre les violences policières sur le Champ-de-Mars, à Paris, le 6 juin.

Paris, Bordeaux, Nantes, Limoges, Poitiers, Marseille, Lille… de nouvelles actions contre les violences policières ont lieu, samedi 6 juin, dans plusieurs villes de France, en dépit de l’interdiction des rassemblements de plus de dix personnes pour cause de crise sanitaire. Quelques 23 300 personnes ont participé à ses rassemblements à travers le pays, dont 5 500 à Paris, selon des chiffres du ministère de l’intérieur.

Mardi déjà, une manifestation interdite par la préfecture de police de Paris avait rassemblé au moins 20 000 personnes dans la capitale à l’appel du comité de soutien à la famille d’Adama Traoré, un jeune homme noir mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes.

Lire aussi « Justice pour Adama ! » : 20 000 personnes rassemblées à Paris contre les violences policières

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a déclaré que ces manifestations « ne devraient pas se tenir ». Quant au préfet de police de Paris, Didier Lallement, il a précisé avoir interdit plusieurs rassemblements organisés samedi, notamment sur l’esplanade du Champ-de-Mars ou devant l’ambassade des Etats-Unis.

  • A Paris, des rassemblements interdits et relativement mineurs

Manifestation contre les violences policières, sur le Champ-de-Mars, à Paris, le 6 juin.

Des familles de victimes de violences policières réunies en collectif avaient invité à « se promener » samedi sur le Champ-de-Mars, « dans le respect des gestes barrières, pour y prendre une photo devant la tour Eiffel » avec les hashtags #laisseznousrespirer, #justicepourtouteslesvictimes et #pasdejusticepasdepaix. Les organisateurs appelaient à « amplifier le mouvement international de solidarité contre l’impunité des forces de l’ordre », alors que les rassemblements se multiplient en réaction à la mort aux Etats-Unis de George Floyd, un homme noir de 46 ans asphyxié par un policier.

Le préfet de police de Paris a interdit ce rassemblement, organisé « sans aucune déclaration préalable », écrit-il dans un communiqué.

Une interdiction bravée par un petit millier de jeunes manifestants qui se sont retrouvés dans une ambiance plutôt festive et calme, selon notre journaliste sur place, Simon Auffret.

Didier Lallement avait déjà interdit deux rassemblements prévus devant l’ambassade des Etats-Unis en hommage à George Floyd, lesquels ont été maintenus par leurs organisateurs. En début d’après-midi samedi, la place de la Concorde, à proximité de l’ambassade des Etats-Unis, était plutôt clairsemée avec à peine un millier de personnes au total, comme a pu le constater notre journaliste Pierre Bouvier.

Quelques heures plus tard, la foule a tenté de rejoindre le Champ-de-Mars, sans succès, le pont de la Concorde étant fermé à la circulation.

  • Quelques tensions à Lyon et Lille

Manifestations contre les violences policières à Lyon, le 6 juin.

A Lyon, 3 400 personnes selon la police – principalement des jeunes – ont commencé à défiler en début d’après-midi, dans une ambiance un peu crispée, a pu constater le correspondant du Monde sur place, Richard Schittly. Rapidement, des casseurs ont rejoint les rangs des manifestants et des gaz lacrymogènes ont été tirés. A Lille, environ 1 500 manifestants (selon la police) étaient rassemblés sur la place de la République en milieu d’après-midi, a constaté de son côté notre correspondante à Lille, Laurie Moniez, avant de commencer à défiler en scandant « Pas de justice, pas de paix ». Le cortège, composé de nombreux primo-manifestants, était un peu désorganisé et quelques gaz lacrymogènes ont là aussi été tirés avant que les manifestants ne reviennent dans le calme à leur point de départ, en fin d’après-midi.

A Nice, le cortège s’est élancé vers 18 heures, composé là aussi de jeunes manifestants mais cette fois bien organisé, en chantant « On n’oublie pas, on pardonne pas », a rapporté notre correspondante sur place, Sofia Fischer, tandis qu’à Marseille, un millier de manifestants étaient rassemblés sur le Vieux-Port en début de soirée, a constaté notre journaliste Juliette Benezit. Vers la fin du rassemblement, quelques centaines d’entre eux ont convergé vers le Palais de justice, avant de se disperser, aux alentours de 22 heures, quand la police a fait usage de lacrymogènes.

Lors de la manifestation conte les violences policières sur le Vieux-Port à Marseille, le 6 juin.

Des incidents ont éclaté à la fin de la manifestation à Metz, où le procureur de la République, Christian Mercuri, a été légèrement blessé. « En secouant la grande porte du palais de justice, des manifestants ont réussi à forcer la petite porte pour les piétons », a-t-il expliqué à l’AFP. « Je suis venu voir les dégâts et j’ai reçu un caillou sur le nez », a précisé le magistrat, depuis l’hôpital où il allait être pris en charge, précisant que les manifestants étaient rapidement ressortis du palais de justice.

  • Un vendredi soir émaillé de manifestations

Ils étaient déjà plusieurs milliers à manifester, dans la soirée de vendredi, pour rendre hommage à George Floyd, dire non au racisme et dénoncer les violences policières. A Strasbourg, plusieurs milliers de jeunes (3 500 selon la préfecture, de 4 000 à 5 000 selon les organisateurs), vêtus de noir, se sont rassemblés place Kléber, au cœur de la ville, pour répondre à un appel lancé sur les réseaux sociaux.

Sur des cartons brandis par les manifestants, ces mots : « le vrai virus, c’est le racisme », « No justice, no peace » (« pas de justice, pas de paix »), « Stop racism » ou « Stop killing black people » (« cessez de tuer des Noirs »). « Black lives matter » (« la vie des Noirs compte ») proclamaient aussi de nombreuses pancartes, reprenant le cri de ralliement du mouvement contre les violences racistes déclenché aux Etats-Unis par la mort de George Floyd. « Justice pour Adama », avait également écrit un manifestant strasbourgeois sur sa pancarte.

Lire aussi « Le racisme tue, ici, là et partout » : des milliers de manifestants rassemblés à travers le monde

A Rouen, 1 500 manifestants ont défilé lors d’une manifestation émaillée de heurts avec la police. La préfecture de Seine-Maritime a indiqué que « les forces de l’ordre [avaient] essuyé des jets de projectiles » et qu’elles avaient « fait usage de grenades lacrymogènes », précisant que huit interpellations avaient eu lieu. Rassemblement également à Caen, avec « 1 500 [personnes] en début de manifestation », selon la préfecture du Calvados, et sans heurts signalés.

A Clermont-Ferrand, plusieurs centaines de personnes se sont également réunies peu après 18 heures à l’appel, cette fois, du collectif Justice et vérité pour Wissam El-Yamni, mort dans cette ville en 2012 après son arrestation par la police dans des conditions controversées.

Manifestation contre les violences policières, à Paris, le 6 juin.
  • Des accusations de racisme au sein de la police

De leur côté, les trois grands patrons des forces de sécurité en France – de la police nationale, de la gendarmerie et de la Préfecture de police de Paris – sont montés au front médiatique dans la semaine pour rejeter les accusations de racisme au sein de leurs troupes, tout en promettant des sanctions en cas de dérive.

Le parquet de Paris a, de son côté, annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire à propos de messages racistes publiés sur le groupe Facebook TN Rabiot Police Officiel, attribués aux forces de l’ordre. La brigade de répression de la délinquance contre la personne devra déterminer si les accusations d’« injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale » sont fondées.

Lire aussi Messages racistes de policiers sur Facebook : Castaner saisit la justice, le parquet ouvre une enquête préliminaire

Jeudi, le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, a confirmé le prochain passage en conseil de discipline de policiers de Rouen, mis en cause en décembre 2019 pour des propos racistes échangés sur la messagerie privée WhatsApp, et documentés dans une enquête de Mediapart et d’Arte Radio.

  • Mélenchon critique les syndicats de police, Abad s’inquiète d’une « haine antiflics »

Le chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé le comportement « indigne » des syndicats de police, tandis que le patron des Républicains (LR) à l’Assemblée nationale, Damien Abad, s’inquiétait samedi d’une « haine antiflics ».

Lors d’une conférence de presse à Marseille, M. Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône, a estimé que « ce n’était pas comme ça il y a encore une période récente » : « La racine de tout ça, c’est un pouvoir politique qui est dans la main des syndicats de police, qui font ce qu’ils veulent. »

« Et pourquoi le font-ils ? Parce que dans la période gilets jaunes, ce sont eux qui ont tenu à bout de bras la survie du régime. Et depuis cette date, M. Castaner leur dit oui à tout ce qu’ils disent et à tout ce qu’ils font et est incapable d’avoir de l’autorité. »

M. Abad a, lui, jugé sur Europe 1 qu’il n’y avait « pas de racisme systémique, au sens de l’organisation par la police ou par la gendarmerie d’un racisme institutionnalisé et organisé. Par contre, la police, comme d’ailleurs dans tous les autres corps de métiers, n’échappe pas à certains individus qui effectivement présentent une expression raciste ».

Interrogé sur l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris sur des messages racistes écrits par des forces de l’ordre sur Facebook, il a estimé qu’il fallait « d’abord de la pédagogie et ensuite de la sanction ». « Si les faits sont avérés », les policiers mis en cause devront « s’expliquer » devant le conseil disciplinaire « sur un certain nombre de propos ».

Notre sélection d’articles sur la mort de George Floyd

Le Monde avec AFP

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.