Prisons : la reprise des parloirs, très encadrée, laisse détenus et familles « frustrés »

Au Mans, à Réau ou à Toulouse, les détenus ont le droit de recevoir une visite par semaine dans des conditions jugées parfois trop difficiles. Certains visiteurs renoncent.

Par Publié le 26 mai 2020 à 01h46 - Mis à jour le 26 mai 2020 à 05h54

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Après deux mois sans visite, retrouver un proche sans même avoir le droit de lui prendre la main peut être difficile. Ainsi, le 19 mai, cinq détenus de la prison de Riom (Puy-de-Dôme) ont été placés en quatorzaine pour avoir enfreint les règles de distanciation physique lors du parloir. Ils n’avaient pas résisté et avaient enlacé leur compagne. Dans un registre différent, un détenu s’est aussi fait attraper en train de récupérer de la résine de cannabis… Sa visiteuse, remise aux forces de l’ordre, aura son droit de visite suspendu.

Dans cette délicate période de reprise des parloirs dans les prisons, depuis le 11 mai, les incidents restent l’exception. Selon Magalie Brutinel, qui dirige cet établissement comptant aujourd’hui 455 détenus, contre près de 600 début mars, « les familles comme les détenus sont plutôt respectueux des nouvelles règles et les comprennent, même si c’est un peu frustrant. Il n’y a eu que six incidents sur les 173 parloirs effectués depuis la reprise ».

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Ces rendez-vous entre un détenu et une personne dûment autorisée par le juge d’instruction (pendant une information judiciaire), ou le directeur de la prison (pour un condamné) n’ont plus lieu, à Riom, dans les box individuels. Deux salles d’activités ont été transformées en parloirs collectifs, avec six tables censées maintenir la distanciation. « Nous n’avons pas souhaité la solution Plexiglas, car les parloirs avec hygiaphone ont chez nous une connotation disciplinaire », explique Mme Brutinel.

« C’est trop frustrant »

Les rencontres encombrées des règles sanitaires, ici comme ailleurs, sont souvent frustrantes. « C’est une souffrance plus qu’autre chose de ne pas avoir le droit de se toucher », réagit Emma (les prénoms ont été changés), 30 ans, venue rendre visite à son mari à la maison d’arrêt du Mans-Les Croisettes (Sarthe), où le parloir a toujours lieu dans un box individuel. « Ils ont rajouté une table au milieu pour qu’on soit éloignés, et tiré un gros ruban adhésif à mi-hauteur pour bien montrer la limite à ne pas dépasser, décrit-elle. Les surveillants sont sans arrêt derrière la porte du box, nous obligeant à rester assis. »

La possibilité pour les familles de prendre en charge le linge des détenus ne sera par ailleurs pas rouverte avant le 2 juin au Mans, comme dans toutes les prisons du pays. Emma avait quitté, le vendredi 13 mars, la maison d’arrêt avec un sac de linge sale qu’elle devait rapporter propre à son mari le mardi suivant, jour où le confinement a été décrété. Le sac est toujours chez elle.

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