Malik Salemkour : « Nous restons dans une période de libertés confinées et de démocratie confinée »

Le président de la Ligue des droits de l’homme estime qu’en raison de l’état d’urgence sanitaire, « les oppositions ou protestations citoyennes, associatives ou syndicales sont aujourd’hui bridées ».

Propos recueillis par Publié le 26 mai 2020 à 11h03 - Mis à jour le 26 mai 2020 à 11h05

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Malik Salemkour , président de la Ligue des droits de l'homme, à Paris, le 23 mai.

La Ligue des droits de l’homme a contesté en justice et jusqu’au Conseil d’Etat plusieurs dispositions prises pendant l’état d’urgence sanitaire. Malik Salemkour, qui préside l’association depuis trois ans, estime que les contre-pouvoirs n’ont pas rempli leur rôle face à l’exécutif pendant cette période, et dénonce des entraves à la liberté d’expression. Selon lui, « la multiplication des recours à la justice est le témoignage de l’échec du dialogue social, du dialogue civique et du dialogue politique ».

La France est sortie du confinement, mais pas de l’état d’urgence sanitaire. Comment qualifieriez-vous la situation actuelle en matière de libertés publiques ?

Malik Salemkour : Nous restons dans une situation exceptionnelle, où le fonctionnement démocratique n’est pas normal, avec un exécutif aux pouvoirs exorbitants tandis que tous les contre-pouvoirs sont affaiblis. Nous sommes dans une période de libertés confinées et de démocratie confinée. Au sujet de la liberté d’expression et du droit de manifester, nous avons de vraies interrogations sur le maintien d’interdictions sans grande cohérence avec le retour à la vie sociale.

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En quoi la liberté d’expression est-elle aujourd’hui confinée ?

Les gens ont de nouveau la possibilité de sortir. Ils peuvent vouloir exprimer des insatisfactions ou des revendications. Mais la prolongation de l’état d’urgence a maintenu en des termes assez ambigus les interdictions de manifester en limitant les regroupements à dix personnes. Les salariés qui veulent défendre, ici, le service public hospitalier où, là, leurs conditions de travail sont-ils interdits de manifestation ? Une chaîne humaine contre les violences policières organisée dans des conditions respectant les gestes-barrières a été empêchée à l’Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), des personnes manifestant en voiture avec la CGT à Marseille ont été verbalisées alors qu’elles respectaient la distanciation physique, des rassemblements de « gilets jaunes », même s’ils étaient très ponctuels, ont été verbalisés.

Les oppositions ou protestations citoyennes, associatives ou syndicales sont aujourd’hui bridées. Comme pour les lieux de culte qui vont rouvrir leurs portes, on doit pouvoir trouver des solutions pour permettre cette liberté essentielle en démocratie, dans le respect de règles sanitaires partagées par tous.

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Vous parlez de contre-pouvoirs affaiblis, mais le Conseil d’Etat a pris récemment le contre-pied du gouvernement dans deux décisions sur les drones et les lieux de culte…

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