« Cinq à six mois sans école, c’est une catastrophe annoncée »

Jean-Paul Delahaye, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale, auteur d’un rapport sur l’école et la grande pauvreté, défend la réouverture des établissements scolaires y compris en zone rouge.

Propos recueillis par Publié le 23 mai 2020 à 03h52 - Mis à jour le 25 mai 2020 à 09h16

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Dans un collège de Dinan (Côtes-d’Armor), le jour de la rentrée qui a succédé au confinement, le 18 mai.
Dans un collège de Dinan (Côtes-d’Armor), le jour de la rentrée qui a succédé au confinement, le 18 mai. VINCENT FEURAY POUR « LE MONDE »

Selon Jean-Paul Delahaye, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale et ancien conseiller de Vincent Peillon au ministère de l’éducation, la crise sanitaire accélère le décrochage des enfants de milieux populaires.

Depuis la mi-mai, les écoles rouvrent dans tous les départements, même si ce n’est que pour une minorité d’enfants. Ce n’est pas le cas des collèges, qui restent fermés en zone rouge. Faut-il, comme le demandent certains élus, passer à la vitesse supérieure ?

Oui, en particulier dans les quartiers difficiles, et sans perdre de vue les précautions sanitaires, il me semble urgent de rappeler les adolescents dans les établissements. Arrêtons de nous bercer d’illusions : le retour en classe ne se fera pas à l’identique. Attendre septembre n’y changera rien. Je ne défends pas une « rescolarisation » en tant que telle : cela n’aurait aucun sens de reconvoquer toute une classe pour « boucler » les programmes…

Non, ce qui est prioritaire, c’est de resserrer le lien qui s’est distendu. Si l’on ne fait rien pour une reprise de contacts rapide entre les jeunes et l’institution scolaire, on multiplie le risque de les voir perdre pied à la rentrée. Cinq ou six mois sans école, c’est une catastrophe annoncée.

Là où les cours ont repris, les enseignants disent que le protocole sanitaire limite drastiquement les capacités d’accueil. Qu’ils ne peuvent faire « plus ». Peut-on passer outre ?

Bien sûr que non. Mais qu’est-ce qui empêche, dès aujourd’hui, d’organiser dans les collèges, y compris en zone rouge, des rencontres entre enseignants et élèves ? Des tête-à-tête, dans une salle adéquate, avec des « roulements » ? Je plaide pour un retour progressif et de bon sens, sur la base de ce qui s’est joué, pendant le confinement, avec les enfants de soignants.

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Un traitement à part, au pays de l’école pour tous ?

Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de gênant à désigner certains enfants comme prioritaires. Le ministère de l’éducation a, très tôt après la fermeture des établissements, avancé le chiffre de 5 % à 6 % de décrocheurs. Soit 500 000 enfants. On peut raisonnablement penser que le ratio va bien au-delà. Il suffit d’écouter ce qu’en disent les enseignants : un désastre est en train de s’installer. La crise sanitaire accélère le décrochage des enfants de milieux populaires. Et on ne réagirait pas ?

« Enfants de milieux populaires = enfants décrocheurs »… Est-ce qu’on ne force pas un peu le trait ?

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