« On a très peur que les femmes se débrouillent toutes seules » : avec le confinement, les IVG hors délai ont augmenté

Médecins, associations, politiques réclament un allongement temporaire du délai légal d’interruption volontaire de grossesse de douze à quatorze semaines.

Par Publié le 23 mai 2020 à 10h02 - Mis à jour le 24 mai 2020 à 06h53

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La salle d’attente pour les consultations à la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 19 mai.
La salle d’attente pour les consultations à la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 19 mai. CAMILLE GHARBI POUR « LE MONDE »

Avant de pousser la porte de La Maison des femmes, une grande brune, la vingtaine, prend un peu le soleil sur une chaise installée dehors, sous un rosier grimpant, en fleurs en cette mi-mai. Elle ajuste son masque et pénètre sous la verrière baignée de lumière. Située dans l’enceinte du centre hospitalier Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), cette structure unique en son genre réunit un centre de planification et un lieu d’accueil pluridisciplinaire pour les victimes de violences et de mutilations sexuelles.

A l’intérieur, adossées aux murs roses et blancs, quelques femmes patientent dans les couloirs. Seules, pour la plupart. Epidémie de Covid-19 oblige, « les accompagnants et les enfants ne peuvent pas entrer », prévient une affiche placardée à l’entrée. L’une d’elles est quand même venue avec son bébé, faute de pouvoir le confier à quelqu’un.

Malgré les allées et venues de l’équipe médicale et des visiteuses, le lieu est calme. « On n’est pas encore revenus au rythme d’avant », confie Latifa Aziz, une des infirmières. Avant le début du confinement le 17 mars, entre vingt et trente femmes en moyenne étaient accueillies chaque jour à l’unité de Planning familial pour des conseils sur la contraception ou pour une demande d’interruption volontaire de grossesse (IVG). Leur nombre a clairement baissé en l’espace de deux mois, une chute de fréquentation relevée aussi ailleurs, qui fait craindre un recul dans l’accès à l’IVG sur cette période.

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« Pendant le confinement, c’était très frappant. Les femmes ne venaient pas, à l’exception de celles en tout début de grossesse souhaitant avorter, qui ont été plus nombreuses qu’à l’ordinaire », avance la docteure Mélanie Horoks, responsable du centre de planification. A partir du 11 mai, la sortie du confinement, certaines ont timidement repris le chemin de La Maison des femmes. Et, depuis, un autre constat s’est imposé, particulièrement inquiétant : celui de l’augmentation du nombre de femmes désireuses d’avorter mais ayant dépassé la date légale pour le faire – fixée à douze semaines de grossesse en France. Alors qu’elles étaient une ou deux par mois dans cette situation avant la pandémie due au coronavirus, leur nombre a grimpé en flèche récemment. Un constat également partagé par le Planning familial, qui estime que leur nombre a doublé par rapport à d’habitude, en se basant sur les appels reçus sur son numéro vert.

Privées de sorties

« En ce moment, on en reçoit une tous les jours ou tous les deux jours », estime la docteure Ghada Hatem, fondatrice de La Maison des femmes. Quand le confinement a débuté, la gynécologue obstétricienne a très vite tiré la sonnette d’alarme. « Peur du gendarme, sidération, honte, crainte de solliciter pour une IVG des équipes médicales mobilisées dans la lutte contre le Covid-19, désinformation… » font partie des raisons ayant conduit les femmes désireuses d’avorter à rester chez elles, énumère-t-elle.

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