« Un jour tout va bien, un jour je m’ennuie, un jour je suis heureuse » : dans les carnets de bord de collégiens confinés

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Publié le 22 mai 2020 à 18h26 - Mis à jour le 24 mai 2020 à 16h56

Que se passe-t-il dans la tête d’un adolescent soudain privé des copains, du bus le matin, des fous rires à la cantine, des premiers émois derrière les casiers, des selfies dans la cour, à cet âge qui ne demande qu’à s’épanouir dans le bouillonnement de la confrontation aux autres ? Que ressent-il, soudain arraché à sa classe, seul face à la « galère » des cours à distance ? Claquemuré avec frères, sœurs et parents en télétravail, un ordinateur qu’il faut partager ? Ou, seul et inquiet, dans l’attente de cette mère infirmière revenue de l’hôpital en pleurs, de cette autre qui s’occupe de l’entretien des chambres en maison de retraite ou de ce père pompier en Alsace ?

Les conditions improbables de l’exercice journalistique dans cette période de confinement ont ouvert au Monde l’opportunité d’accéder aux journaux de bord de deux classes de 3e du collège public La Garenne, à Voiron (20 100 habitants, en Isère), réalisés dans le cadre de leur cours de français. L’enseignante se trouve être ma mère et La Garenne (595 élèves et 50 professeurs), mon ancien collège. Cette dernière cherchait un « fil rouge » pour maintenir le lien avec ses élèves et leur permettre de continuer à écrire, à quelques mois de l’entrée au lycée. Leur proposer, aussi, un contrepoids aux heures passées sur les écrans.

Avoir accès à cette matière nous offrait une photographie de cette période sans précédent, vue à travers des yeux de collégiens. Le principal, les parents, l’inspection pédagogique et le rectorat nous ont donné leur accord. Une quarantaine d’élèves — sur deux classes en totalisant 54 — ont ainsi ouvert au Monde leurs carnets d’adolescents confinés, sept semaines durant. Autant de fenêtres repoussant les murs du confinement.

Le niveau d’implication des jeunes a été très variable : certains ont écrit quotidiennement, s’appropriant ce carnet, au point de s’adresser à lui comme à un ami — « cher journal », « à demain » — et de souhaiter poursuivre l’écriture après. D’autres ont écrit plus ponctuellement, freinés par des difficultés que le confinement est venu accentuer, scolaires, familiales ou matérielles — le partage ou l’absence d’ordinateur, un logement n’offrant pas de conditions de travail favorables.

Quelques-uns sont restés injoignables au début : non connectés à l’espace numérique de travail (ENT), absents aux cours sur Skype lancés par l’enseignante, comme sur les groupes WhatsApp créés pour faciliter le lien. Nous les avons contactés individuellement par téléphone pour les encourager à participer à leur manière — journal manuscrit pris en photo, BD, dessin…

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