Des hommes attendent dans  file d'attente pour la distribution alimentaire du soir. Le centre a du mettre en place une organisation spécial pour respecter la distance sociale et les gestes barrières. 
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Paris, le 20 mai 2020
Centre D’accueil de jour Le refuge, de l’association La mie de Pain, Paris 13ème arrondissement.
Dédié aux hommes majeurs sans- abris ou en situation de grande précarité, le Refuge centre d’hébergement d’urgence, a une capacité de 250 -280 pour accueillir des personnes extérieures dans l’espace Bienvenu pour la journée. Il propose une distribution des denrées alimentaires et des espaces de convivialité.
Le Refuge accueille également un centre d’hébergement et de réinsertion sociale de 360 places d’hébergement (100 places de Service d’Urgence, 200 places de service d’insertion et d’hébergement et 60 places mobilisables en cas d’urgence exceptionnelle) ainsi qu’un sas qui permet à des personnes dans le besoin de rester quelques jours à une semaine pour se reposer et recréer du lien social.
AUGUSTIN LE GALL POUR « LE MONDE »

« Je n’en peux plus de manger tout seul » : le confinement, l’épreuve de plus pour les personnes sans abri

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Publié le 22 mai 2020 à 13h05 - Mis à jour le 22 mai 2020 à 19h41

« Le confinement, au début, j’ai un peu paniqué, comme tout le monde. Je n’avais pas de masque, rien pour me protéger du coronavirus. J’ai fait le 115, mais je n’ai jamais pu avoir de place d’hébergement », raconte Bernard, 68 ans, dont plus de quinze passés dans la rue. « J’ai été confiné à l’extérieur », résume-t-il, jovial.

Bernard fait partie de ce millier d’hommes et de femmes sans-abri qui sont restés dans les rues de Paris malgré l’épidémie de Covid-19, selon les estimations du Samusocial. Si les capacités d’hébergement ont été augmentées et si le plan d’urgence hivernal a été prolongé jusqu’au 10 juillet, le nombre de places est resté insuffisant.

Bernard, 68 ans, vit dans la rue depuis plus de quinze ans. Il n’a pas réussi à avoir de logement pour la durée du confinement.
Bernard, 68 ans, vit dans la rue depuis plus de quinze ans. Il n’a pas réussi à avoir de logement pour la durée du confinement. AUGUSTIN LE GALL POUR « LE MONDE »
Article réservé à nos abonnés Lire aussi Alain Christnacht, président du Samusocial de Paris : « Le déconfinement ne doit pas signifier le retour à la rue »

Et si certains, comme Marc, installé près de l’église de la Trinité, préfèrent dormir dehors (« Au moins je suis sûr de pas choper le Covid ! »), la vie dans la rue par temps de confinement, puis en cette première phase de déconfinement, est devenue plus difficile encore pour les personnes sans-abri.

« Même si j’avais très peur de sortir, j’étais obligé »

« C’est très dur pour nous, confie Jean, venu chercher un repas au Refuge de l’association La Mie de pain, dans le 13e arrondissement. On s’est sentis abandonnés. »

« Je dors dans une cave, je ne peux pas rester dans le noir toute la journée. Alors, même si j’avais très peur de sortir, j’étais obligé. »

Ce septuagénaire timide, au bord des larmes dès les premiers mots échangés, avait auparavant ses habitudes : le petit-déjeuner et la douche à l’antenne d’Emmaüs à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), puis le repas de midi aux Restos du cœur de l’avenue Joseph-Bédier et l’après-midi à La Mie de pain, où il dînait ensuite au réfectoire. Mais ces structures ont fermé le 17 mars ou ont dû s’adapter aux mesures sanitaires. Plus question de manger un repas chaud ensemble autour d’une table : les bénévoles distribuent à la va-vite des sacs de repas froid à emporter, en respectant la distanciation sociale et les gestes barrières. « Je n’ai pas faim, assure tristement Jean, mais je n’en peux plus de manger tout seul. »

Jean, à gauche, est heureux de pouvoir manger à sa faim, mais il vit difficilement l’isolement imposé par le confinement.
Jean, à gauche, est heureux de pouvoir manger à sa faim, mais il vit difficilement l’isolement imposé par le confinement. AUGUSTIN LE GALL POUR « LE MONDE »

Au-delà de la question de l’hébergement, le confinement a posé de nouveaux problèmes aux personnes sans domicile fixe : la fermeture des accueils de jour des associations, où elles pouvaient s’installer quelques heures, à l’abri, et bénéficier d’un repas chaud en discutant avec salariés et bénévoles, a été rude.

La sécurité prime sur le lien social

Passés les premiers jours de flottement, les associations se sont rapidement adaptées au confinement. Croix-Rouge, Protection civile, Restos du cœur… Les maraudes se poursuivent dans les rues et toutes ou presque font désormais de la distribution alimentaire. « Il y a beaucoup à manger, même plus qu’avant », estime Aaron (son prénom a été modifié), septuagénaire installé près du Bon Marché, qui bénéficie des colis déposés par les maraudes. Cependant, il n’est plus question de s’attarder pour discuter, la sécurité de tous prime sur le lien social.

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