THOMAS BRÉMOND POUR LE MONDE

Coronavirus : les Parisiens en province, entre colère et bonne cohabitation

Par et

Publié le 21 mars 2020 à 23h17 - Mis à jour le 22 mars 2020 à 08h40

En passant commande à son grossiste, Florence n’aurait jamais imaginé que la palette de pots de peinture reçue il y a quelques semaines « allait partir comme des petits pains ». A la mi-mars. Dans sa quincaillerie du village des Portes (Charente-Maritime), situé à l’extrémité sud de l’île de Ré, l’affable gérante aime se tenir prête pour l’arrivée de sa clientèle de Parisiens aisés.

La commerçante connaît leur goût pour les jolis plants de graminées, prévoit paquets de bûchettes et charbon de bois pour les barbecues, ainsi que tout le nécessaire pour l’entretien des piscines et le ripolinage des façades et contrevents. « Habituellement, la saison s’ouvre avec les vacances de Pâques, explique Florence. L’île se remplit au fil des week-ends de mai et jusqu’à l’été. Mais là en trois jours, ils sont tous arrivés, d’un coup. »

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« Une nuée » d’estivants pour les plus tolérants, « un débarquement », « une invasion » pour les autochtones les plus courroucés. Sur toute la façade Atlantique, de Belle-Ile (Morbihan) à Ré, en passant par Oléron (Charente-Maritime) et jusqu’à Arcachon (Gironde), du Perche au Cotentin (Manche), l’afflux des « 75 », venus se confiner au vert dans leurs résidences secondaires à quelques heures de la capitale a pris de surprise, voire a piqué au vif des locaux, aspirant à profiter pour quelques semaines encore et dans le calme de leur petit coin de paradis.

En Nouvelle-Aquitaine, une région relativement épargnée jusqu’ici par le virus, tout comme dans les îles bretonnes ou charentaises, le climat printanier a souvent viré à l’orage, particulièrement sur les réseaux sociaux : « Rentrez chez vous », « Vous nous emmenez le virus », « Allez passer vos vacances ailleurs », « Vous allez saturer nos hôpitaux », a-t-on vu fleurir sur des comptes Facebook d’insulaires en colère.

« Des comportements irresponsables »

Installée entre dunes et forêt de pins, Murielle, 67 ans, retraitée, fait partie de ces Rétais de naissance qui ne cachent pas son exaspération. L’arrivée trop bruyante de « groupes de trentenaires, prenant d’assaut les supérettes, bousculant les personnes âgées, faisant fi des consignes de confinement », l’a particulièrement choquée. En quarante-huit heures, à l’entendre et « en terrain conquis », une horde pleine de morgue et potentiellement de miasmes se serait abattue sur Ré.

Ann, 42 ans et Vincent, 44 ans, respectivement entrepreneure et comédien, tous deux Parisiens, ont eux-mêmes été surpris « par des comportements irresponsables et décalés » à leur arrivée sur l’île. « Il y en a clairement qui étaient venus dans l’esprit vacances, fiesta entre amis, faisant un maximum de provisions de steaks hachés, de boissons. Mais depuis hier, c’est beaucoup plus calme. Les gens bricolent ou font du jardinage chez eux. »

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