CIRILLE LARRIEU

« Revenez dans dix ans, quand il y aura les bâtiments neufs » : à Saint-Denis, l’avenir incertain des habitants des Francs-Moisins

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Publié le 13 février 2020 à 00h29 - Mis à jour le 13 février 2020 à 17h24

Pascale Rebèche ouvre la fenêtre de sa chambre, fière de montrer la vue. Sous un ciel gris, les usines de Saint-Denis s’étalent jusqu’au viaduc de l’A86, sur lequel les voitures filent en direction du Stade de France. « Ici, tout le monde n’a pas la chance de voir le Sacré-Cœur et un bout de la tour Eiffel », glisse-t-elle. Arrivée dans la cité des Francs-Moisins en 1971, cette employée de la Sécurité sociale âgée de 60 ans se voyait prendre sa retraite avec son mari, dans son F4 de 90 mètres carrés, au sixième étage de l’une de ces douze barres HLM. Mais tout est remis en question : il lui faudra quitter les lieux à la fin de l’année. Une partie de son bâtiment, le B7, sera démolie en 2023 dans le cadre d’un vaste plan de rénovation urbaine.

Pascale a grandi aux Francs-Moisins. Elle s’y sent chez elle, comme en famille. Lorsque ses douleurs aux dos la font trop souffrir, elle peut compter sur les voisins pour l’aider à porter ses courses et sur le pharmacien pour livrer des médicaments à son père, installé seul au B2. Cette solidarité, la sexagénaire ne veut pas la perdre. « Quand il y a un décès, les voisins présentent leurs condoléances, préparent des gâteaux, font une cagnotte pour payer les funérailles ou les dettes. On ne trouve pas ça ailleurs. »

Pascale Rebèche, le 4 février chez elle, aux Francs-Moisins. Arrivée dans la cité en 1971, elle devra quitter les lieux à la fin de l’année.
Pascale Rebèche, le 4 février chez elle, aux Francs-Moisins. Arrivée dans la cité en 1971, elle devra quitter les lieux à la fin de l’année. CYRILLE LARRIEU

Depuis l’annonce de la démolition, il y a deux ans, elle angoisse. Sera-t-elle relogée dans un autre immeuble de la cité ou ailleurs en ville ? Que deviendra son père, dont le bâtiment doit, lui aussi, être en partie détruit ? Et combien cela va-t-il lui coûter ? « Je leur ai dit, à la mairie : “Vous m’arrachez les tripes. Les Francs-Moisins, c’est toute ma vie.” »

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Voilà des années que cette cité classée en zone urbaine sensible est un casse-tête pour la municipalité de Saint-Denis, communiste depuis la Libération. Coincés entre l’autoroute A1, le Fort de l’Est, le canal Saint-Denis et les chemins de fer du RER B, les Francs-Moisins forment une ville dans la ville : 1 800 logements sociaux, plus de 8 000 habitants, dont près de 47 % âgés de moins de 29 ans. De fait, les jeunes sont partout, que ce soit à l’école Louise-Michel, au gymnase, à l’antenne de jeunesse ou en bas des immeubles.

« C’était la grande classe ! »

Les familles, dont le revenu moyen n’atteint pas 1 000 euros par mois, n’arrivent pas à tous les tenir, et certains parents ferment les yeux lorsque leurs enfants quittent l’école et basculent dans la délinquance.

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