A leur tour, 80 médecins de Seine-Saint-Denis démissionnent pour ne plus « être complices de la gestion de la misère ».

En un peu plus d’une semaine, plus de 600 praticiens ont quitté leurs fonctions administratives pour dénoncer l’état de l’hôpital.

Le Monde avec AFP Publié le 06 février 2020 à 16h05 - Mis à jour le 07 février 2020 à 10h43

Temps de Lecture 2 min.

Plus de 600 praticiens ont renoncé à leurs fonctions administratives et d’encadrement.
Plus de 600 praticiens ont renoncé à leurs fonctions administratives et d’encadrement. THOMAS SAMSON / AFP

Ils sont désormais plus de 600 praticiens en France à avoir renoncé à leurs fonctions administratives et d’encadrement. Jeudi 6 février, 80 médecins chefs hospitaliers de Seine-Saint-Denis ont démissionné, estimant « ne plus vouloir être complices de la gestion de la misère ».

Manque de tout, soignants sous-payés et à bout, patients mal pris en charge, quand ils sont pris en charge : lors d’une conférence de presse à Saint-Denis, cinq chefs de service membres du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH) ont brossé un tableau apocalyptique de la situation dans ce département, le plus pauvre de métropole, qui devrait à leur yeux « constituer une zone sanitaire prioritaire ».

Dix mois après le début de la grève des services d’urgences, la crise s’est étendue à tout l’hôpital public, dont les personnels ont manifesté par milliers à la mi-novembre. Pour calmer la tension, le gouvernement leur a promis des primes, une rallonge budgétaire et une reprise massive de dette.

En pleine vague de démissions, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé mercredi qu’elle recevrait leurs représentants « mi-mars », après le versement de nouvelles primes, pour « voir s’il y a d’autres mesures nécessaires ». Mais pour les médecins de Seine-Saint-Denis, qui réclament désormais d’être reçus par le premier ministre ou le chef de l’Etat, il s’agit de « mesurettes totalement déconnectées des besoins ».

Lire le décryptage : Primes, rallonge budgétaire et reprise de la dette : les mesures du plan pour l’hôpital public

« Plus rien ne tient »

« Les soignants ne sont pas assez nombreux car les métiers ne sont plus attractifs. Comment une infirmière qui a Bac +3, travaille un week-end sur deux et en horaires décalés, passe son temps à absorber une misère sociale peut-elle être payée seulement 1,2 smic ? Même en Pologne et en Slovaquie elles sont mieux payées ! », s’est indigné le Dr Yacine Tandjaoui-Lambiotte, praticien en réanimation à l’hôpital Avicenne à Bobigny. « On tient nos patients à bout de bras mais nos bras vont flancher. Il faut perfuser de l’argent à l’hôpital public. Beaucoup d’argent », a-t-il argué.

« Plus rien ne tient, ça n’a plus aucun sens ce qu’on fait. C’est comme si on avait un torchon qui craquait et qu’on raccommodait dans tous les sens », a de son côté estimé le Dr Noël Pommepuy, pédopsychiatre à l’hôpital psychiatrique Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne, le deuxième plus important de France. Il a expliqué comment le manque de personnel conduisait à avoir recours à la contention et à l’isolement des malades – « une honte pour les équipes » – et à prioriser les patients : « Quand on reçoit trois enfants, on n’a le traitement que pour un seul. »

« Nous sommes physiquement et psychologiquement épuisés, nous avons l’impression de faire mal, trop vite, il y a une perte de sens de notre travail. On va dans le mur », a enchaîné le Dr Joëlle Laugier, de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Une nouvelle journée de grève et de manifestation est prévue le 14 février, à l’appel CIH, du Collectif Inter-Urgences et de tous les syndicats de la fonction publique hospitalière.

Lire les témoignages : « Chaque jour, j’ai des infirmières qui craquent et qui pleurent »

Le Monde avec AFP

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