Les mesures du Grenelle contre les violences conjugales, « de vraies avancées et quelques déceptions »

Plusieurs annonces correspondent à des demandes des associations. Mais les moyens annoncés lors de ce premier jour leur semblent insuffisants.

Par et Publié le 04 septembre 2019 à 03h29 - Mis à jour le 04 septembre 2019 à 11h28

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Manifestation de l’association « Féminicides par compagnons ou ex », le 3 septembre à Paris.

Dix mesures, peu de moyens, et un accueil mitigé. Mardi 3 septembre à Matignon, le coup d’envoi du Grenelle de lutte contre les violences conjugales a été donné par Edouard Philippe, qui a présenté à cette occasion les premières mesures, dites « d’urgence », du gouvernement, prélude à une phase de concertation qui s’achèvera le 25 novembre. Avant la prise de parole officielle, deux proches de victimes, invités à s’exprimer à la tribune, ont partagé leurs espoirs et leur colère devant quelque 80 invités. « Il a tué ma fille, il l’avait dit, il avait prévenu tout le monde », a notamment déclaré Lucien Douib, père de Julie Douib, morte le 3 mars en Corse. La jeune femme avait pourtant déposé plusieurs plaintes, toutes classées sans suite.

Entouré de membres de son gouvernement − Nicole Belloubet (justice), Christophe Castaner (intérieur), Julien Denormandie (logement), Jean-Michel Blanquer (éducation) −, le premier ministre a rappelé en préambule le contexte dans lequel s’inscrivent les violences conjugales, qui touchent environ 220 000 femmes chaque année. Ce « ne sont pas des disputes de couple où les torts seraient partagés : c’est un processus d’emprise sexiste tellement ancré dans nos mentalités et dans nos pratiques que certains hommes se sont habitués à l’impunité », a-t-il soutenu. « Depuis des siècles, ces femmes sont ensevelies sous notre indifférence, notre déni, notre incurie, notre machisme séculaire, notre incapacité à regarder cette horreur en face », a-t-il poursuivi.

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Des « chambres d’urgence » dans les tribunaux

Pour répondre à la « première urgence » identifiée, la « mise à l’abri rapide » des femmes, Edouard Philippe a annoncé la création de « 1 000 places d’hébergement supplémentaires en 2020, dont 250 d’urgence », qui s’ajouteront aux quelque 5 000 places existantes. « J’ai bon espoir qu’on affine ce que signifient ces 250 places d’urgence, réagit Marie Cervetti, directrice du FIT Une femme, un toit, une structure d’accueil spécialisée. Des associations qui s’occupent de victimes de violences conjugales gèrent ce type de dispositif, il faut être sûr qu’on parle bien de cela, sinon ce serait totalement inadapté », prévient-elle. C’est la seule annonce qui a donné lieu à un engagement financier, de cinq millions d’euros.

Parmi les autres mesures figure une réforme législative de l’autorité parentale, qui permettra aux juges, au civil et au pénal, de suspendre ou d’aménager son exercice. Ils peuvent aujourd’hui décider de la retirer mais il s’agit d’« une solution si radicale – y compris pour l’enfant – que les juges hésitent à la prononcer », selon Edouard Philippe. Enfin, la suspension sera immédiate en cas de féminicide, dès la phase d’enquête ou d’instruction, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. « C’est un pas important, qui tient compte des situations auxquelles les femmes sont confrontées », se réjouit parmi d’autres Françoise Brié, directrice de la Fédération nationale solidarité femmes.

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