Anniversaire de Mai 68 : le 14 mai, quand les ouvriers entrent dans la danse

A Nantes, les ouvriers de Sud-Aviation sont parmi les premiers à rejoindre le combat des étudiants parisiens. Après un mois de grève, leurs revendications sont pour la plupart satisfaites.

Par Publié le 14 mai 2018 à 09h36 - Mis à jour le 14 mai 2018 à 19h26

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Grévistes devant l'usine Sud-Aviation de Suresnes (Hauts-de-Seine), en mai 1968.

Article issu du hors-série du Monde « 68 : les jours qui ébranlèrent la France ». Ce 14 mai 1968, les ouvriers de Sud-Aviation Nantes votent à la majorité l’occupation de l’usine. A l’approche de la nuit, les scellés sont posés sur toutes les portes. Tout au long des 1 800 mètres du mur d’enceinte qui clôture les nombreux bâtiments de la « boîte », ils se livrent à un travail de fortification des postes sentinelles.

Des chants révolutionnaires, diffusés par un puissant électrophone, retentissent dans les grands bureaux de la direction, où le patron est séquestré. Pour se réchauffer, les ouvriers se rassemblent autour des brasiers flamboyants qui ont été allumés un peu partout. Des engins circulent dans tous les sens, transportant des masses imposantes de planches, de rondins et de caisses pour approvisionner en combustible ces feux dévorants. Où vont-ils dormir pendant cette froide « nuit rouge » ? Combien de temps tiendront-ils ? Quand reverront-ils leur famille ? Comment vont-ils ravitailler l’usine ?

« On pensait que l’occupation durerait trois-quatre jours tout au plus »

Ces questions, ils sont nombreux à se les poser parmi les quelque 1 300 grévistes lorsque commence l’occupation de l’usine de Sud-Aviation, à Bouguenais, près de Nantes. « On pensait que l’occupation durerait trois-quatre jours tout au plus. On ne se doutait pas que notre mouvement serait suivi par d’autres usines en France », raconte Georges Boutin, 83 ans, l’un des rares grévistes encore en vie.

Tout commence en décembre 1967, lorsque la direction de Sud-Aviation décide de réduire le temps de travail sans compensation salariale, provoquant la colère des ouvriers de cette usine qui compte plus de 2 500 salariés. En février 1968, le directeur, Paul Duvochel, annonce que la durée hebdomadaire de travail passera de quarante-huit heures à quarante-six heures et demie en avril et à quarante-cinq heures au cours du second semestre.

Les syndicats sont déterminés à empêcher ces mesures qui, selon eux, entraîneront des pertes salariales dévastatrices. A plusieurs reprises, les représentants de la CFDT, de la CGT et de FO se réunissent, mais ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une stratégie commune.

« Tous à la biroute ! »

Georges Boutin, fraiseur à Sud-Aviation Nantes depuis l’âge de 14 ans, est alors l’un des bras droits du leader de la section FO, Yvon Rocton, jeune militant trotskiste de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) dirigée par Pierre Lambert. « Rocton était sur une ligne dure : il était pour la grève générale. Plutôt que de faire des débrayages à répétition, autant tout arrêter. Là, on ne pourrait plus reculer et on serait sûr de gagner », explique Georges Boutin.

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