Au château du Courbat, les forces de l’ordre épuisées viennent se reconstruire

Unique en France, ce centre de soins accueille policiers et gendarmes victimes de burn-out, dépression et alcoolisme.

Par Publié le 18 juin 2016 à 13h47 - Mis à jour le 22 juin 2016 à 10h22

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Quatre fois par jour (à 7 h 45, 9 h, 14 h et 16 h 30), l’appel aux troupes. Redonner des repères aux patients fait partie de la reconstruction.

L’air est encore frais en ce matin de juin, les oiseaux piaillent dans les grands cèdres, les canards glissent sur l’étang. Médicaments avalés à l’infirmerie, les résidents du château du Courbat pressent le pas tandis que la cloche sonne neuf heures, brisant le silence du domaine aux airs de monastère. C’est l’heure de l’appel des troupes, comme quatre fois par jour, devant le bureau de Billy Titus, le « PAMS » – pour policier assistant médico-social.

On énonce les activités de la journée : marche du vendredi, atelier d’écriture, équithérapie, rendez-vous médicaux. Le programme est chargé. Cet encadrement, qui pourrait paraître un peu militaire, plaît à Michel (tous les prénoms ont été modifiés), la quarantaine, venu ici pour retrouver des repères. « Refaire surface », surtout. Douze ans que ce CRS épuisé n’avait pas eu de journées rythmées par des horaires « normaux ».

Burn-out, dépression

Ici, dans ce bout du monde de l’Indre-et-Loire perdu au milieu des champs de blé, on panse les plaies à l’âme des forces de l’ordre. Les patients sont pour la moitié policiers, gendarmes, pompiers ou agents pénitentiaires, pour l’autre, des hommes et des femmes de la région. Tous combattent burn-out, dépression ou alcoolisme. Parfois les trois. Chaque année, ils sont plus de trois cents à venir, pour un mois ou deux. Le temps de se reconstruire. « Notre objectif premier est de permettre aux forces de l’ordre un retour en service dans les meilleures conditions physiques, psychiques et sociales », explique Frédérique Yonnet, la directrice.

Créé par et pour des CRS en 1953, unique en France et reconnu d’utilité publique, cet établissement de soin spécialisé en addictions et burn-out est géré par l’Association nationale d’action sociale des personnels de la police nationale et du ministère de l’intérieur (ANAS) et financé par l’Assurance maladie.

Chacun s’est senti rattrapé par l’horreur et visé en tant que policier

Attentats, plan Vigipirate, état d’urgence, COP21, manifestations, Euro de football… « Les forces de l’ordre sont dans un état d’épuisement généralisé », constate Mme Yonnet. Et les patients qui arrivent au Courbat sont « de plus en plus jeunes ». Ici, l’assassinat de leurs deux confrères à Magnanville (Yvelines) a créé un choc. Chacun s’est senti rattrapé par l’horreur et visé en tant que policier. Devant le château, le drapeau français est resté en berne.

Après la succession d’attentats, le centre vient de mettre en place une prise en charge du stress post-traumatique. La directrice ne s’attend pas à voir arriver les patients qui pourraient être concernés avant quelques mois. Pour l’instant, état d’urgence oblige, « ils ne veulent pas lâcher le terrain ». Après Charlie Hebdo, en janvier 2015, il avait fallu attendre plusieurs mois avant de voir arriver les policiers au bord du gouffre. Le centre avait accueilli soixante-dix patients, contre cinquante-six en temps normal.

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