Une perquisition brutale réveille les traumatismes d’une famille tchétchène

L’état d’urgence a motivé une brutale perquisition chez une famille de réfugiés tchétchènes. Sans résultat.

Par Publié le 22 décembre 2015 à 09h12 - Mis à jour le 22 décembre 2015 à 22h40

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Il y a plus de vingt jours que les policiers sont repartis après leur perquisition, mais la famille Madiev, des réfugiés tchétchènes, n’a toujours pas retrouvé le sommeil. Dina, la mère, n’arrive pas à fermer l’œil : « Et s’ils revenaient ? » Le moindre bruit la fait sursauter. Massoud, le père, s’est fait prescrire des anxiolytiques, mais il se réveille encore en sueur.

Quand les policiers tentent de forcer leur porte, le 30 novembre, à 6 heures du matin, les murs de leur appartement HLM de Rouen se mettent à trembler. Le bruit est assourdissant. Dina pense immédiatement aux bombardements de son village, pendant la guerre, et à ce jour où des soldats russes ont débarqué dans leur maison et abattu le frère de Massoud sous ses yeux : « J’ai cru que les Russes revenaient », dit-elle, encore tremblante.

Dina se résout à ouvrir la porte et se trouve nez à nez avec une vingtaine d’hommes, la plupart armés et casqués. « Ils semblaient surpris qu’on leur ait ouvert », se souvient Dina, qui se demande toujours pourquoi ils n’ont pas d’abord sonné. Leurs cris la hantent encore. « Allongez-vous au sol ! », ordonnent-ils à Massoud et à son fils, Anzor, 23 ans, en pointant sur eux leurs armes et leurs torches. Le père et le fils, en caleçon, sont menottés et placés dans le salon, Dina dans une autre pièce. Séparés.

« Elle est où ta kalach’ ? »

Les policiers commencent leur fouille. « Elle est où ta kalach’ ? », demandent-ils à Massoud. Bac de linge sale, albums photos, ordinateurs et même colis de Noël : rien n’est épargné. Malgré la peur et les larmes, Dina veut comprendre. Seule réponse : « C’est un ordre du préfet. » Contactée, la préfecture de la Seine-Maritime justifie la perquisition : « M. Madiev fait l’objet d’une fiche “S” » et « il est connu des services de renseignement pour entretenir des relations avec des représentants radicaux caucasiens ».

Ce dernier motif – qu’il conteste –, Massoud espérait ne plus en entendre parler. Il lui a déjà valu le rejet de sa demande de naturalisation française et de tous ses recours. Lors de son entretien avec les services de police spécialisés en 2009, il avait fait état de son soutien à la cause indépendantiste tchétchène. Il n’imaginait pas que cette déclaration motiverait le rejet de sa demande : il aurait notamment « déclaré entretenir des relations avec les membres de [la] rébellion armée [tchétchène] », qui perpètre des attentats dans son pays.

Il vous reste 60.63% de cet article à lire.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.