"Chaman" et Fares, compagnons d'infortune fiers de leur autonomie

Reportage. Les deux sans-abris se sont aménagé des yourtes de fortune dans le bois de Vincennes et tentent de vivre en autosuffisance.

Par et C. Ro. Publié le 16 avril 2013 à 11h26 - Mis à jour le 16 avril 2013 à 17h02

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Fares et

D'emblée, le ton est donné. "Ici, les gens ne parlent pas beaucoup, ils gardent leur malheur pour eux." Pendant trois ans, Eric a vécu sous les frondaisons du plus grand espace vert parisien. Il dit en être parti, mais cet après-midi-là, dans l'humidité froide du mois de mars, il arpente encore une fois ces allées qui ont fait son quotidien pendant trois ans.

L'histoire d'Eric est un récit de dégringolade, dans lequel on retrouve comme souvent le même triptyque funeste : rupture sentimentale, perte d'emploi et dépendance à l'alcool, à la drogue ou encore au jeu. Pendant longtemps, pour lui, ce fut les trois. Un cocktail détonant qui a précipité sa chute.

Familier du monde de la musique, un secteur qui lui assurait alors une belle situation, Eric se retrouve criblé de dettes, jusqu'à échouer sous une tente au bois de Vincennes. Comme beaucoup de résidents du bois, le quadragénaire se lie d'amitié avec un autre compagnon d'infortune. Le sien était australien, aujourd'hui parti, selon Eric, sous d'autres cieux.

> Lire aussi : A Vincennes, les "hommes des bois" ont trouvé leur fragile refuge

Certains, comme Hermann 1er, installé dans les allées qui longent l'avenue Daumesnil, ne se posent pas la question d'un éventuel déménagement. Au fil des années, ils y ont organisé une vie au vert, comme plantée à jamais au milieu des arbres.

"JE NE RÉCLAME JAMAIS RIEN"

Malgré les opérations successives de "nettoyage", conduites jusqu'en 2011 sous la direction de la Mairie de Paris, et la destruction de nombreuses cabanes, dont la sienne, Hermann 1er a toujours reconstruit. Et aux visiteurs de passage bienveillants, il ouvre son antre, à l'incroyable capharnaüm.

Pénétrer dans le monde de celui que l'on appelle aussi "Sorcier" ou "Chaman", c'est entrer dans une singulière yourte baignée d'une lumière bleue, de la couleur des bâches plastique qui en tapissent les murs. Assis à même le sol, le visage en partie peinturluré, portant bagues et boucles d'oreilles, cet homme sans âge, originaire des Caraïbes, ne se considère pas comme un sans-abri. "Je ne demande rien à l'Etat ni aux associations, explique Hermann 1er. Je suis connu à l'extérieur du bois, les riverains viennent me consulter et, en remerciement, m'apportent souvent quelque chose, mais moi, je ne réclame jamais rien", poursuit celui qui dit puiser sa sagesse auprès des forces de la nature.

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