La « zone de rencontre » est-elle l’avenir du trottoir ?

Présenté comme un moyen de protéger le piéton, le trottoir a surtout été utilisé, au fil des temps, pour faciliter la circulation des chevaux, puis des voitures. Le Covid-19 pourrait bien accélérer son évolution, à l’œuvre depuis vingt ans.

Par Publié le 23 mai 2020 à 10h00

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Iphéion du Paraguay, qui a fleuri les premiers jours du confinement, en bordure de trottoir, dans le 11e arrondissement, à Paris
Iphéion du Paraguay, qui a fleuri les premiers jours du confinement, en bordure de trottoir, dans le 11e arrondissement, à Paris Collection particulière

Avec le déconfinement, les trottoirs, délaissés depuis deux mois, ont retrouvé leurs passants. Mieux, ils sont au centre de toutes les attentions. Alors que la crise sanitaire pousse les citadins à se détourner des transports en commun, les trottoirs gagnent du terrain pour accueillir davantage de piétons dans de bonnes conditions. Leur élargissement est un enjeu important pour donner envie aux citadins de préférer la marche à pied à la voiture, mais aussi de continuer à fréquenter les boutiques (et bientôt les bars et restaurants) en respectant les règles de distanciation physique qui imposent de patienter à l’extérieur. Une belle revanche pour cette infrastructure, qui, depuis sa réinvention au XVIIIe siècle, a beaucoup servi, dans l’histoire, à débarrasser la chaussée du piéton.

Si des traces de son existence ont été découvertes à Pompéi, le trottoir moderne apparaît vers 1750 à Londres, le long des artères commerçantes, puis à Paris, en 1781, rue du Théâtre-Français (actuelle rue de l’Odéon). Il s’agit de permettre au piéton d’admirer les vitrines sans risquer de se salir ou d’être renversé. « A l’époque, les rues de la capitale sont boueuses, d’où l’utilisation par les élites de carrosses, qui accentuent encore le danger pour les marcheurs », explique Jean-Luc Pinol, professeur émérite à l’Ecole normale supérieure de Lyon et coauteur de l’Atlas des Parisiens : de la Révolution à nos jours (avec Maurice Garden, Parigramme, 2009).

Faciliter la circulation des voitures et des marchandises

La création du trottoir est « aussi et surtout un moyen de mettre de l’ordre dans la ville, afin de faciliter la circulation des voitures et des marchandises », souligne Virginie Milliot, maîtresse de conférences en anthropologie urbaine à l’université Paris-Nanterre. En 1802, Arthur Dillon, chanoine de Notre-Dame de Paris et fervent promoteur du dispositif, résume bien cette double visée : « Les trottoirs sont les chemins des habitants des villes pour toutes les communications sociales et les besoins du commerce », écrit l’auteur d’Utilité, possibilité, facilité de construire des trottoirs dans les rues de Paris (1803).

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En 1811, le directeur des Ponts et Chaussées de la Seine, sensible à l’argument, favorise le dallage le long des rues, précise André Guillerme, professeur émérite d’histoire des techniques au Conservatoire national des arts et métiers. Mais le trottoir connaît son véritable essor à partir de 1830, sous l’influence de la pensée hygiéniste, qui y voit un moyen de bloquer la dispersion « des émanations miasmatiques », censées venir du sol. Et de l’industrialisation naissante, pour laquelle c’est un formidable terrain d’expérimentation. Recouvert de bitume, équipé de candélabres au gaz, « c’est aussi le gardien des réseaux d’eau, de gaz, puis d’électricité, qui font vivre la ville moderne », poursuit M. Guillerme.

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