Coronavirus : P comme « Proxémie »

La proxémie étudie le réglage des distances physiques entre individus dans la vie quotidienne. Le chercheur Lucas Tiphine, de l’école urbaine de Lyon, explique comment le confinement perturbe nos habitudes en la matière.

Publié le 23 mars 2020 à 11h40 - Mis à jour le 25 mars 2020 à 12h38 Temps de Lecture 5 min.

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Les mesures instaurées pour lutter contre la propagation du coronavirus nous obligent à réinventer les signes non verbaux qui peuvent nous aider à montrer que la relation n’est pas altérée – ici à Blagnac, le 17 mars.
Les mesures instaurées pour lutter contre la propagation du coronavirus nous obligent à réinventer les signes non verbaux qui peuvent nous aider à montrer que la relation n’est pas altérée – ici à Blagnac, le 17 mars. VINCENT NGUYEN / RIVA PRESS POUR « LE MONDE »

Depuis quelques jours, nous voici contraints de respecter strictement des distances physiques de sécurité pour l’ensemble de nos interactions sociales quotidiennes. Celles-ci concernent à la fois les espaces publics – faire ses courses, prendre l’air –, et les espaces privés – par exemple la cohabitation à l’intérieur d’un domicile.

Le changement immédiat et total de nos habitudes, qui vise à ralentir la croissance du nombre d’individus contaminés par le virus responsable de la maladie Covid-19, ne va pas sans hésitation, gênes, erreurs ou refus. Cette nouvelle grammaire de la vie quotidienne constitue aussi une opportunité de faire l’expérience consciente de la fabrique de la communication non verbale et de la communication verbale, constitutives du fonctionnement du système urbain dans lequel nous vivons.

Remarquons que, hors période de confinement, nous parvenons le plus souvent à des objectifs communs avec un grand nombre d’individus que nous connaissons, mais plus encore avec ceux que nous ne connaissons pas, sans avoir besoin de nous parler ou en échangeant seulement quelques mots. C’est le cas lorsque nous entrons dans une rame de métro, que nous nous croisons sans collision sur une place publique très fréquentée ou que nous nous déplaçons dans une cuisine exiguë sans nous toucher.

L’anthropologue Edward T. Hall, père de la proxémie

L’un des chercheurs qui a proposé un nombre important de pistes d’analyse dans ce domaine est l’anthropologue états-unien Edward T. Hall (1914-2009). Celui-ci s’est attaché, dans les années 1960-1970, à fonder un champ d’études, la proxémie, qui s’intéresse à l’observation du réglage des distances physiques entre les individus dans la vie quotidienne. Nombreux sont les étudiants en architecture, en sciences de la communication ou bien encore en robotique à avoir lu La Dimension cachée (Le Seuil, 1971).

Dans cet ouvrage de vulgarisation, l’anthropologue tente de présenter de manière synthétique et parfois provocante les résultats de ses recherches. L’un des concepts que Hall propose et qui est particulièrement en jeu dans le bouleversement que nous vivons en ce moment, c’est « l’espace informel ».

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L’espace informel regroupe pour Hall toutes les situations au cours desquelles les individus sont amenés à régler la distance physique entre eux, par exemple lors d’une conversation entre collègues devant la machine à café, lorsque deux amis se promènent dans la rue ou bien encore lorsqu’une famille s’assoit sur un canapé pour regarder la télévision.

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