Philippe Rahm : « Je travaille avec des outils climatiques, pas seulement géométriques »

L’architecte réalise un parc dans la ville de Taichung, à Taïwan, en prenant en compte le vent, le soleil et la circulation de l’air, favorisée par des variations de températures.

Propos recueillis par Publié le 14 février 2020 à 17h49 - Mis à jour le 02 mars 2020 à 11h27

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Philippe Rahm dans le « Meteorological Garden » du CentralPark de Taichung (Taïwan).
Philippe Rahm dans le « Meteorological Garden » du CentralPark de Taichung (Taïwan). Courtesy Philippe Rahm architectes

Inventeur de la notion d’« architecture météorologique », Philippe Rahm termine la construction (en association avec Catherine Mosbach et Ricky Liu) d’un parc de 70 hectares sur le site d’un ancien aéroport dans la ville de Taichung, à Taïwan. Après s’être beaucoup consacré à la recherche, à l’enseignement (à l’Ecole polytechnique de Lausanne, à Princeton, Columbia, Harvard, Cornell…), à des projets muséaux prestigieux (au MoMA, ou à la Biennale d’architecture de Venise où il représenta la Suisse en 2002), son carnet de commandes se remplit. OMA, l’agence de Rem Koolhaas, a fait appel à lui pour développer un nouveau quartier à Milan et il vient d’être sélectionné, avec les paysagistes de l’agence Ter, pour le concours d’un parc à Saint-Pétersbourg, face à des agences aussi prestigieuses que Big, Herzog et De Meuron ou Kengo Kuma. Alors que le secteur du bâtiment, responsable de 40 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète, est sommé de faire sa mue écoresponsable, Philippe Rahm est l’architecte du moment.

Comment est né chez vous cet intérêt pour le climat ?

J’ai suivi mes études pendant une période qui était un épiphénomène dans l’architecture : le moment postmoderne. Sous l’influence du structuralisme, on parlait du monde comme d’une construction sociale. Tout était perçu du point de vue de la signification. Mais ce monde était né dans les années 1950. Il est mort il y a une dizaine d’années. Il était lié au charbon, aux antibiotiques, aux vaccins. Avant, le chauffage central n’existait pas. On avait froid dans les maisons. Ou trop chaud. Tout le monde était malade. Entre 1850 et 1950, les centres-villes étaient des zones insalubres, à détruire.

Le charbon et le pétrole ont apporté une énergie qui paraissait illimitée, les « trente glorieuses » sont arrivées, l’espérance de vie a bondi, le Marais s’est gentrifié jusqu’à devenir le quartier le plus cher de Paris… Et la dimension matérielle de l’architecture a disparu, au profit d’interprétations sociales, culturelles, esthétiques. Ça s’est renversé en 2000, quand a surgi la question du réchauffement. Le retour des canicules a rematérialisé la question architecturale et urbaine.

Lire aussi « La nature peut-elle humaniser la ville ? » Une conférence Le Monde Cities et « Le Temps » à Genève

Vous vous êtes intéressé à ces questions dès les années 1980, quand vous étiez étudiant…

J’ai étudié à l’Ecole polytechnique de Lausanne [EPFL] et à l’ETH de Zurich, où il y avait un intérêt historique pour la construction, l’ingénierie. Ça pousse à s’intéresser aux fondamentaux. L’architecte romain Vitruve estimait que l’architecture consiste à « transformer par l’artifice un climat inhabitable et désagréable en un climat habitable ». L’homme était africain au départ. Quand il est remonté vers le nord, il a eu besoin du feu et d’une maison pour se protéger. L’architecture est née comme ça. Comprendre que l’air chaud monte, que ça crée des formes, que le vent en impose d’autres comme des rivières intérieures, c’est comprendre que le climat peut donner un langage.

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