Pour l’humilité scientifique en « épistémocratie »

Selon l’historien des sciences Stéphane Van Damme, les pandémies révèlent une pluralité des cultures de l’expertise. Celle-ci est à son meilleur quand elle connaît ses limites.

Publié le 20 mai 2020 à 06h30 - Mis à jour le 20 mai 2020 à 08h42 Temps de Lecture 2 min.

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Carte blanche. Ces dernières semaines, le grand public a souvent été surpris par le changement d’attitude des experts comme du gouvernement. Le ton péremptoire et assuré des autorités sanitaires au début de la crise a laissé peu à peu place à une forme d’incertitude manifeste. Ces écarts montrent en effet une tension entre une science foncièrement empirique et tâtonnante et la représentation commune d’une science souveraine et prédictive.

L’épidémie ouest-africaine d’Ebola de mars 2014 a mis en évidence l’importance d’une analyse critique des politiques globales de santé publique, au-delà de la rationalité sanitaire et logistique, pour comprendre les réactions des populations, les relations de confiance ou de défiance envers l’expertise scientifique.

Dans la revue Santé publique, en 2017, les chercheuses Alice Desclaux et Julienne Anoko notaient que, depuis 2003, l’Organisation mondiale de la santé fait appel à des anthropologues comme « médiateurs » entre population réticente et acteurs sanitaires. La confiance dans l’autorité des épidémiologistes n’est en effet pas établie sur la seule base d’une doctrine de santé publique, mais répond à des situations locales et des contextes de crise.

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La lutte contre la diffusion du coronavirus a révélé aussi au grand public une pluralité des cultures de l’expertise qui ont conduit à des prises de décision en apparence contradictoires. Dans son livre Les Sentinelles des pandémies (Zones sensibles, à paraître le 6 juin) autour de la crise du SARS, l’anthropologue Frédéric Keck va plus loin et se propose d’élargir d’emblée la scène de l’expertise scientifique ou gouvernementale après être allé suivre en Chine à la fois les microbiologistes, mais aussi les ornithologues et les éleveurs dont les savoirs vernaculaires ont trop souvent été jugés par la santé publique comme « superstitieux » ou « émotionnels ».

Deux paradigmes

Ce qu’a montré l’épisode du SARS, c’est l’opposition entre deux paradigmes. Le premier, défendu par les microbiologistes et les ornithologues qui, écrit Frédéric Keck, « refusent de tuer les animaux qu’ils observent », consiste à les transformer en « sentinelles », en « lanceurs d’alerte », en restant attentif aux changements de l’environnement. Ici, c’est la figure du « chasseur de virus » qui est fondamentale, empruntant aux techniques cynégétiques. L’autre paradigme est celui des autorités sanitaires qui, au contraire, éradiquent les oiseaux malades pour protéger les populations, privilégiant « des techniques que l’on peut qualifier de pastorales ».

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