Coronavirus : comment la communauté scientifique se mobilise

Les scientifiques se mobilisent contre le SARS-CoV-2, faisant face dans l’urgence à une crise que certains avaient prédite, sans être entendus des politiques.

Par Services planète et sciences Publié le 24 mars 2020 à 01h33 - Mis à jour le 25 mars 2020 à 09h42

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Une technicienne du CNRS et une virologue et chercheuse dans un laboratoire de haute sécurité de l’Insitut Pasteur de Lille, le 20 février.
Une technicienne du CNRS et une virologue et chercheuse dans un laboratoire de haute sécurité de l’Insitut Pasteur de Lille, le 20 février. SYLVAIN LEFEVRE / GETTY IMAGES / AFP

Il y a cinq ans déjà, Bruno Canard (CNRS, université d’Aix-Marseille) et trois de ses confrères belges et néerlandais, spécialistes comme lui de la structure moléculaire des coronavirus, adressaient, à quelques mois d’intervalle, et sans succès, deux courriers pour mettre en garde la Commission européenne. Ils y décrivaient une grave lacune dans la constitution d’une indispensable « première ligne de défense » face aux virus émergents : l’absence d’appui à des recherches de longue haleine pour mettre au point de nouveaux antiviraux à large spectre.

Dengue, Ebola, Zika, chikungunya, SARS et MERS… autant d’alertes, autant de feux de paille dans les efforts de financement. Cinq ans plus tard, la prédiction, partagée par de nombreux scientifiques, s’est réalisée : un virus pandémique a de nouveau émergé. La crise est là, majeure et mondiale. Et les fonds affluent soudain : un premier appel d’offres européen portait sur 3 millions d’euros, un autre vise 45 millions, abondé à parité par le privé. On évoque 2 milliards de dollars pour la recherche aux Etats-Unis. Le gouvernement français a annoncé qu’il portait à 8 millions d’euros l’effort de soutien à la recherche sur le Covid-19 – sans préjuger de nouvelles rallonges.

Cette manne arrive bien tard, regrette Bruno Canard : « Mettre de l’argent sur la table en urgence, c’est un peu un emplâtre sur une jambe de bois », estime le directeur de recherche CNRS au laboratoire architecture et fonction des macromolécules biologiques. Une partie serait mieux employée, dit-il, à faire garder les enfants des soignants ou faire monter en puissance les capacités de dépistage, « c’est là l’urgence absolue ».

Mais lui et son équipe se sont tout de même démenés pour répondre et remporter plusieurs appels d’offres français et européens. « Dix jours pour monter un consortium international, contre plusieurs mois en temps normal », note-t-il. La recherche au temps du Covid-19, cela reste pour partie la recherche de financements.

Réveil budgétaire

En miroir, Dominique Dunon-Bluteau est aussi sur le pont. A l’Agence nationale de la recherche (ANR), il est responsable du département biologie-santé et vient de lancer un appel d’offres « flash » pour financer des projets de recherche d’urgence, y compris en sciences humaines et sociales (sur l’éthique, les comportements, l’organisation des structures…). Déjà 280 soumissions ont été faites et leur évaluation courra jusqu’au 9 avril, deux semaines seulement après la clôture.

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