Comment le cerveau atténue, ou pas, les souvenirs traumatiques

Une étude portant sur 102 personnes ayant été exposées aux attentats terroristes du 13 novembre 2015 éclaire les failles du cerveau en cas de stress post-traumatique

Par Publié le 18 février 2020 à 06h00

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Commémoration des attentats du Bataclan, à Paris, le 13 novembre 2017.
Commémoration des attentats du Bataclan, à Paris, le 13 novembre 2017. STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Le traumatisme des attentats terroristes du 13 novembre 2015, à Paris et à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) qui ont endeuillé la France est encore vif et douloureux. Des chercheurs tentent de comprendre pourquoi certaines personnes qui y ont été confrontées ont développé un trouble de stress post-traumatique (TSPT) – lequel se manifeste par des images intrusives, l’évitement (ne plus prendre les transports, ne plus aller au restaurant…), l’hypersensibilité, des troubles du sommeil, d’anxiété, etc. – et d’autres pas.

Une étude, publiée dans la revue Science, vendredi 14 février, met en évidence un dysfonctionnement des réseaux cérébraux qui contrôlent la mémoire chez les patients souffrant de TSPT. Appelé Remember, ce travail entre dans le cadre d’une vaste recherche, le programme « 13-Novembre », lancé par l’Inserm, le CNRS et Hesam Université, qui vise à étudier comment la mémoire collective de ces événements traumatiques se construit et comment elle influence la mémoire individuelle.

Associations d’images

Conduite de juin 2016 à juin 2017, l’étude a porté sur 102 sujets exposés (de 18 à 60 ans) aux attentats terroristes du 13 novembre 2015, principalement des personnes présentes sur les lieux des attaques, et 73 sujets non exposés. Parmi les personnes exposées, 55 souffraient de TSPT. L’idée est donc de comprendre pourquoi certains développent des symptômes et d’autres pas. Ce qui était le cas, dans cette cohorte, de deux personnes qui, pourtant, se trouvaient dans la salle du Bataclan.

L’étude dirigée par Pierre Gagnepain, chercheur au centre Cyceron (Inserm, université Caen Normandie), s’est penchée sur les connexions entre le système de contrôle et les circuits de la mémoire. Les participants ont d’abord dû apprendre par cœur des dizaines d’associations d’images neutres, par exemple « bateau/maison ». Puis, alors que leur cerveau était scruté en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMF), il leur a été montré une série d’objets. Lorsque l’item était vert, ils devaient visualiser l’objet associé. A l’inverse, lorsqu’il était rouge, ils devaient empêcher que l’image de l’objet associé ne leur vienne à l’esprit. Une méthode appelée « think/no-think » (« penser/ne pas penser »). De plus, durant cette IRMF, ils appuyaient sur un bouton lorsqu’une image intrusive survenait.

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Un mécanisme de contrôle extrêmement puissant

Contrairement au paradigme de l’ours blanc, cette tâche impossible qui consiste à demander à des personnes de ne surtout pas penser à un ours blanc, la tâche demandée dans ces travaux ne fait pas référence à l’image à supprimer. Résultat : les sujets non exposés aux attentats avaient la capacité de contrôler l’intrusion de l’image associée, et donc de souvenirs intrusifs. Les personnes résilientes, exposées aux attentats, montraient un mécanisme de contrôle extrêmement puissant, en inhibant des zones de la mémoire. En revanche, les personnes souffrant de TSPT présentaient une résurgence intempestive des images et pensées intrusives. Jusqu’ici attribuée à un dysfonctionnement de la mémoire elle-même, elle serait liée à une défaillance des réseaux cérébraux impliqués dans son contrôle, situés dans le cortex préfrontal.

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