Comment le moustique anophèle repère notre sang chaud

Pour cibler les humains dont elles font leur repas, les femelles du moustique vecteur du paludisme s’appuient sur un vieux détecteur… du froid. Récit d’un bricolage évolutif.

Publié le 16 février 2020 à 18h30 - Mis à jour le 17 février 2020 à 14h08 Temps de Lecture 3 min.

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Un moustique « Anopheles stephensi » se nourrit grâce à sa trompe pointue, en 2015.
Un moustique « Anopheles stephensi » se nourrit grâce à sa trompe pointue, en 2015. JIM GATHANY / CDC / HANDOUT / REUTERS

François Jacob l’a dit il y a déjà longtemps : l’évolution chère à Darwin n’est rien d’autre qu’un formidable bricolage. Rien ne se crée, tout se transforme. Nul doute que le Prix Nobel de médecine 1965 aurait apprécié l’étude publiée dans la revue Science, vendredi 7 février. Des chercheurs américains des universités Brandeis et Harvard y démontrent en effet que le moustique Anopheles gambiae, le premier tueur d’êtres humains sur la planète (quoique probablement après l’humain lui-même), détectait ses proies à l’issue d’un curieux tour de passe-passe génétique. Notre sang chaud, celui-là même dont elles ont besoin pour se reproduire, les femelles anophèles le repèrent grâce à un gène présent chez nombre d’autres insectes – « un gène du refroidissement », expliquent les chercheurs.

Un gène modifié

L’importance de la température de la cible pour dame moustique n’est pas franchement nouvelle. L’entomologiste britannique Frank Howlett l’a mise en évidence en Inde il y a plus d’un siècle. Pourtant, les chercheurs ont, depuis, creusé d’autres voies. Il est vrai que, pour se loger en nous, le prédateur use de tous ses sens. A 50 mètres, il nous repère grâce au CO2 expulsé de nos poumons. Entre 5 et 10 mètres, il commence à user de la vision et de l’odorat. Puis vient l’humidité de notre sueur. Et, enfin, dans les derniers 10 cm, notre température. « Cet aspect de la biologie des vecteurs qui touche à la thermosensibilité a été très négligé, et ce travail est tout à fait novateur, souligne Frédéric Simard, entomologiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Montpellier. Il montre bien toute l’utilité des techniques d’édition du génome. »

De l’évitement du froid à la quête du chaud, il n’y avait qu’un pas. L’anophèle l’a manifestement franchi.

Pour assurer sa démonstration, l’équipe américaine a en effet utilisé un des outils-phares de l’analyse génomique, le système Crispr-Cas9, pour créer des mutants en modifiant un gène nommé IR21a. Ce choix n’apparaissait pas évident. Les moustiques disposent de gènes dévolus à la détection de la chaleur. « Mais des études précédentes avaient montré sur le moustique Aedes que ces détecteurs n’étaient pas essentiels pour la recherche de proies à sang chaud, explique Paul Garrity. Alors, nous avons ciblé les gènes du refroidissement, et le plus spécifique d’entre eux : IR21a. » Chez tous les insectes où il a été étudié, ce gène s’active dans les antennes lors de baisses soudaines de température, et l’animal s’éloigne alors. De l’évitement du froid à la quête du chaud, il n’y avait qu’un pas. L’anophèle l’a manifestement franchi.

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