La France face au coronavirus : un confinement jusqu’à la fin du mois d’avril préconisé par le conseil scientifique

Selon les derniers chiffres officiels, le Covid-19 a fait au moins 1 100 morts, dont 240 depuis lundi soir, en milieu hospitalier. Le conseil scientifique estime « indispensable de prolonger le confinement ».

Le Monde avec AFP Publié le 24 mars 2020 à 04h54 - Mis à jour le 24 mars 2020 à 22h11

Temps de Lecture 6 min.

La France est officiellement en état d’urgence sanitaire pour deux mois, éloignant ainsi la perspective de sortir à la fin de mars du confinement imposé par l’épidémie due au coronavirus.

Selon les derniers chiffres annoncés, mardi 24 mars, par le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, le Covid-19 a fait au moins 1 100 morts en France, dont 240 depuis lundi soir, en milieu hospitalier (85 % ont plus de 70 ans).

  • Plus de 10 170 patients sont hospitalisés, dont 2 516 dans un état grave et en réanimation.
  • Quelque « 85 % des décès enregistrés surviennent chez des personnes de plus de 70 ans » a-t-il précisé en qualifiant l’épidémie « d’inédite, sévère et rapide ».
  • 34 % des patients en réanimation ont moins de 60 ans et 58 % entre 60 et 80 ans.
  • 3 281 personnes étaient sorties guéries de l’hôpital, et il est estimé que 12 000 personnes n’avaient pas eu besoin d’hospitalisation.

Les plus de 1 000 décès enregistrés à ce jour à l’hôpital dans le cadre de l’épidémie due au coronavirus « ne représentent qu’une faible part de la mortalité » en France, a reconnu le directeur général de la santé. « Les deux principaux lieux de décès sont l’hôpital et les Ehpad », a-t-il précisé, annonçant la mise en place d’un « suivi quotidien de la mortalité » dans les établissements pour personnes âgées « dans les tout prochains jours » et ajoutant que le nombre de lits en réanimation était passé de 5 000 à 8 000, en France, « pendant ces derniers jours ».

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La propagation du Covid-19 en France

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 · Cas confirmés et décès dus au Covid-19 en France depuis le 24 février.
Note : la stratégie de dépistage se limitant aux cas sévères de la maladie, les chiffres du nombre de cas sous-représentent la réalité de l'épidémie, et ne valent que pour les cas les plus aïgus.
  • Le conseil scientifique préconise un confinement de six semaines

Le conseil scientifique de l’exécutif sur le Covid-19 a estimé « indispensable de prolonger le confinement » au delà des deux semaines initialement prévues, dans un avis rendu public mardi. « Le confinement durera vraisemblablement au moins six semaines à compter de sa mise en place » le 17 mars, écrit le conseil, qui dit également « considérer nécessaire un renforcement du confinement », sans se prononcer sur les modalités exactes.

« Le confinement est actuellement la seule stratégie réellement opérationnelle, l’alternative d’une politique de dépistage à grande échelle et d’isolement des personnes détectées n’étant pas pour l’instant réalisable à l’échelle nationale. Le confinement doit être strictement mis en œuvre et bénéficier d’une large adhésion de la population, comme ceci semble être le cas, » estiment les membres du conseil, dont l’avis a été publié dans l’après-midi sur le site du ministère de la santé. Concernant sa durée, le conseil, dont l’avis est consultatif, souligne également que « trois semaines (…) sont nécessaires pour obtenir une première estimation de son impact ».

Interrogé sur les préconisations du conseil scientifique de prolonger le confinement, le ministre de la santé a répondu qu’il s’agissait d’une « estimation parmi d’autres », tout en laissant entendre qu’une prolongation était envisagée. « [Une durée] au-delà de quinze jours, nous le savons », a-t-il notamment déclaré.

« Lorsque la circulation du virus sera contrôlée, lorsque les hôpitaux auront soigné les malades, alors la question du déconfinement sera abordée. »

Sur le sujet des tests, le conseil scientifique estime qu’un dépistage massif n’est « pas réalisable à l’échelle nationale ». Outre une prolongation du confinement, les membres du conseil scientifique estiment dans leur propos introductif que celui-ci est « actuellement la seule stratégie d’isolement opérationnelle ». Depuis plusieurs jours, des appels se multipliaient pour des dépistages à grande échelle et un isolement des personnes détectées, deux hypothèses que le conseil ne juge « pas réalisables » pour l’instant. « Nous allons multiplier le nombre de tests réalisés partout sur le territoire », a réagi Olivier Véran.

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  • Un durcissement des conditions de sortie dès mardi

A Lille, le 24 mars.
A Lille, le 24 mars. Michel Spingler / AP

« Beaucoup de nos concitoyens aimeraient retrouver le temps d’avant, le temps normal, mais il n’est pas pour demain », avait prévenu Edouard Philippe, lundi soir, en annonçant un durcissement des mesures de confinement.

  • Il ne sera plus possible d’aller faire du sport loin de son domicile et pendant le temps que l’on veut. « Sortir pour promener ses enfants ou faire du sport c’est dans un rayon de 1 km de chez soi, maximum pour une heure, tout seul et une fois par jour », a précisé le chef du gouvernement. Une simple promenade reste toutefois possible avec les personnes avec lesquelles chacun est confiné au quotidien.
  • Les sanctions ont été durcies pour ceux ne respectant pas ces consignes. Les 135 euros d’amende forfaitaire doivent passer à 1 500 euros en cas de récidive « dans les quinze jours », et « quatre violations dans les trente jours » pourront valoir jusqu’à « 3 700 euros d’amende et six mois de prison ».
  • Les marchés ouverts ont aussi été interdits. « Mais il sera permis aux préfets sur avis des maires de déroger cette interdiction » lorsque le marché, dans certains villages, est « le seul [moyen] parfois » d’avoir « accès à des produits frais ».

Localement, certains maires ont par ailleurs pris des mesures radicales. Dans la Drôme, Valence est passée au couvre-feu depuis samedi soir, de 21 heures à 6 heures, jusqu’au 31 mars. Plus d’une trentaine de villes sont soumises au couvre-feu. Le président de la République s’oppose toutefois à un confinement total, comme le souhaiteraient certains.

  • Un TGV « médicalisé » vers le Grand Est

L'épidémie de Covid-19 en France
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Avec plus d’un tiers des décès enregistrés en France, le Grand-Est affronte une situation sanitaire devenue critique comme en témoigne la décision sans précédent de dépêcher sur place mercredi un « TGV médicalisé » pour évacuer 30 patients.

Le ministre de la santé, Olivier Véran, l’a lui-même annoncé devant l’hémicycle clairsemé de l’Assemblée : ce TGV « transportera 30 malades de Strasbourg et Mulhouse vers des territoires où il y a de la place ». C’est une « première en Europe », a-t-il insisté.

Une autre première a marqué la journée de mardi : l’admission d’un premier malade sous les tentes kaki de l’hôpital de campagne déployé par le service de santé des armées au pied de l’hôpital civil de Mulhouse.

Dans les deux cas, il s’agit de désengorger les hôpitaux du Grand-Est, proches de la rupture devant l’afflux croissant de patients. Emmanuel Macron se rendra mercredi à l’hôpital de campagne de l’armée à Mulhouse « pour rendre hommage au personnel soignant » et « témoigner sa solidarité envers la région Grand Est, fortement éprouvée » par la crise du coronavirus.

Lire aussi : après la mort du premier médecin, « je suis prête à tous les sacrifices mais pas à jouer avec ma vie »
  • La chloroquine ne pourra être administrée qu’en cas de « formes graves »

Emmanuel Macron a installé mardi après-midi un nouveau Comité d’analyse, recherche et expertise (Care), qui réunit 12 chercheurs et médecins, pour conseiller le gouvernement sur les traitements et les tests. Du côté des traitements, un essai clinique européen a débuté dimanche dans au moins sept pays pour quatre traitements expérimentaux.

Concernant la chloroquine, l’un de ces traitements testés qui fait polémique, elle pourra être administrée aux malades souffrant de « formes graves » du coronavirus, mais ne doit pas être utilisée pour des formes « moins sévères », a statué lundi le Haut Conseil de santé publique, selon le ministre de la santé. Le comité scientifique « exclut toute prescription » pour « des formes non sévères » de la maladie, en l’absence de toute donnée probante. Un arrêté encadrant le recours à ce traitement, miracle pour certains tandis que d’autres appellent à la prudence, sera pris « dans les prochaines heures », a-t-il précisé.

Lire aussi : l’hydroxychloroquine, défendue par le Pr Didier Raoult, divise les chercheurs

De très nombreuses personnes se sont pressées devant l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, pôle d’expertise marseillais des maladies infectieuses, pour se faire tester par les équipes du professeur Didier Raoult, qui préconise ce traitement à la chloroquine.

Ce dernier, qui fait polémique avec ses préconisations pour un traitement à la chloroquine, ne participera pas aux prochaines réunions du conseil scientifique, a-t-on appris mardi auprès de l’institut hospitalo-universitaire qu’il dirige à Marseille. « Didier Raoult n’a pas démissionné du conseil scientifique. Occupé à la direction de l’IHU Méditerranée Infection, il ne participera pas aux prochaines réunions », a déclaré un porte-parole de l’IHU, démentant des informations des Echos assurant que le Pr Raoult « claquait la porte » de ce conseil.

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