Coronavirus : quel dispositif sanitaire en cas d’épidémie en France ?

Le gouvernement se prépare à une possible « épidémie » de Covid-19, alors que la « situation est problématique en particulier aux portes de la France, en Italie ».

Par Publié le 25 février 2020 à 12h49 - Mis à jour le 25 février 2020 à 15h12

Temps de Lecture 4 min.

Des voyageurs arrivant de Pékin, à l’aéroport Charles-de-Gaulle, le 27 janvier.
Des voyageurs arrivant de Pékin, à l’aéroport Charles-de-Gaulle, le 27 janvier. KAMIL ZIHNIOGLU / AP

Mesures de précaution pour les personnes revenant de Lombardie et de Vénétie, « activation » de soixante-dix hôpitaux, dispositif sanitaire renforcé dans les Alpes-Maritimes à la frontière avec l’Italie…

La France se prépare à une possible « épidémie » du nouveau coronavirus Covid-19, expliquait lors du week-end le ministre de la santé, Olivier Véran, dans un entretien au Parisien Dimanche, évoquant une « situation problématique en particulier aux portes de la France, en Italie ».

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  • Un guide méthodologique aux professionnels de santé

« Depuis le début de l’épidémie en Chine, il était évident qu’il y aurait des cas dans le monde entier et donc en Europe. Nos pays sont relativement bien préparés, mais il semble que les risques de transmission à l’hôpital n’aient pas été suffisamment anticipés, en ce qui concerne les cas italiens », explique Michèle Legeas, enseignante à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), spécialiste de l’analyse et de la gestion des situations à risques sanitaires.

C’est pour faire face à ce risque que le ministère de la santé et des solidarités a publié, le 20 février, un guide méthodologique destiné aux établissements de santé, aux médecins de ville et aux établissements médico-sociaux rappelant les procédures à suivre pour assurer la détection et la prise en charge des « cas possibles » et des « cas confirmés ». Cette mobilisation repose sur le dispositif Orsan REB (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles pour risque épidémique et biologique connu ou émergent).

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  • Qu’est-ce que le plan Orsan ?

Le dispositif Orsan a été créé en 2014 et peut être activé pour cinq types d’événements : il chapeaute les plans blancs – plans spécifiques d’urgence sanitaire et de crise – définis pour chaque établissement hospitalier. Le plan Orsan peut être activé notamment en cas de catastrophe naturelle, d’accident nucléaire ou biologique ou d’épidémie, comme c’est le cas aujourd’hui. Le plan Orsan avait été activé en février 2015 pour lutter contre l’épidémie de grippe.

« Il n’existe pas de plan particulier pour le Covid-19, puisque c’est un nouvel agent pathogène, poursuit Michèle Legeas. En revanche, les éléments servant de base à la construction de tels plans sont toujours les mêmes : ils reposent sur la modélisation de la propagation épidémique (sur la base des données disponibles) et l’effet estimé de mesures “barrières”, comme la mise en quarantaine, les fermetures d’écoles ou de lieux de rassemblements collectifs. »

Le plan Orsan est déclenché localement, par les agences régionales de santé (ARS) : il suppose un renforcement de la prise en charge ambulatoire, l’hospitalisation devant survenir uniquement pour les situations d’urgence. Tous les établissements, y compris privés, doivent repousser certaines interventions non indispensables, « ouvrir » des lits supplémentaires et renforcer leurs effectifs, notamment en redéployant certains de leurs personnels. La prise en charge des personnes âgées dans les Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) est également renforcée.

« De façon générale, un plan comme celui-ci est très utile, car il permet d’avoir du temps décisionnel, grâce à des procédures définies et établies. Si on invente tout dans l’urgence, on risque d’être débordé », explique un spécialiste du secteur.

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Le 21 février, près de Branville, en Normandie, une déviation est mise en place avant l’arrivée de 34 ressortissants français rapatriés de Wuhan avant leur mise à l’isolement.
Le 21 février, près de Branville, en Normandie, une déviation est mise en place avant l’arrivée de 34 ressortissants français rapatriés de Wuhan avant leur mise à l’isolement. LOU BENOIST / AFP
  • Des mesures d’endiguement pour freiner la propagation

A l’heure actuelle, il n’existe pas de circulation active du coronavirus Covid-19 en France, écrit le ministère de la santé dans son guide méthodologique. La stratégie actuelle a donc pour objet de limiter son introduction sur le territoire et de freiner son éventuelle propagation par des mesures d’endiguement. Cette stratégie consiste aussi à alerter les points d’entrée sur le territoire, tels les aéroports internationaux et les ports. Elle repose aussi sur l’information de tous les acteurs de soins, y compris les professionnels de santé de ville et les établissements médico-sociaux, afin de permettre l’identification de cas suspects.

L’objectif est d’identifier et d’isoler rapidement un patient « cas suspect » (venant d’une zone de contamination, ayant de la fièvre, de la toux) et, s’il apparaît comme un « cas possible » par le SAMU-Centre 15 en lien avec l’ARS et Santé publique France, de le transporter vers l’un des établissements de santé habilités pour traiter le Covid-19, où les prélèvements et analyses sont réalisés en deux heures.

La prise en charge d’un patient suspect d’infection repose sur cinq étapes :

  1. Dépistage ;
  2. Mise en place des mesures de protection pour les équipes soignantes ;
  3. Prise en charge (et traitement) du patient en lien avec un médecin infectiologue ;
  4. Alerte des correspondants de l’ARS ;
  5. Orientation du patient dans la filière de soins adaptée.

Selon ce plan, les patients classés « cas confirmés » sont pris en charge par les établissements dits « de première ligne », typiquement des services de maladies infectieuses et tropicales et/ou de réanimation. Ceux-là disposent de chambres d’isolement de haute sécurité en service de maladies infectieuses ou de réanimation, et des capacités de diagnostics virologiques, d’un plateau technique hautement spécialisé et sont opérationnels vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept.

Ils peuvent être épaulés par des établissements dits « de 2e ligne » qui disposent notamment de chambres permettant l’isolement des patients (chambre individuelle, avec un renouvellement correct de l’air sans recyclage au sein de l’établissement) et d’un laboratoire de biologie médicale.

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  • En cas d’épidémie, une stratégie d’atténuation

Au stade épidémique, tous les secteurs de l’offre de soins seraient mobilisés et l’offre de soins renforcée en développant une filière ambulatoire. Celle-ci permettrait le maintien à domicile des patients peu graves tant que leur état clinique le permet pour éviter d’encombrer les établissements de 1er et 2e niveaux.

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