A Toulouse, alliance difficile des gauches avant le second tour des municipales

Face à Jean-Luc Moudenc, maire sortant Les Républicains, les deux listes de gauche cherchent à s’allier. La socialiste Nadia Pellefigue pourrait briguer la métropole et laisser la mairie au candidat écologiste.

Par Publié le 29 mai 2020 à 11h05 - Mis à jour le 29 mai 2020 à 11h51

Temps de Lecture 4 min.

Antoine Maurice, candidat de la liste Archipel citoyen (Europe Ecologie-Les Verts) à Toulouse, le 21 janvier 2020.

Toulouse, la quatrième ville de France, peut-elle basculer à gauche ? Ce scénario semble envisageable à la lecture des résultats du premier tour, bien que Jean-Luc Moudenc, le maire sortant Les Républicains (LR) soutenu par La République en marche, soit sorti en tête avec 36,19 % des suffrages le 15 mars. Derrière lui, Antoine Maurice, le candidat écologiste qui conduit la liste Archipel citoyen (Europe Ecologie-Les Verts, La France insoumise), a créé la surprise lors de ce premier tour en obtenant la deuxième position, avec 27,57 % des voix.

L’ambitieuse socialiste Nadia Pellefigue se contente de la troisième place (18,53 %). S’appuyant cependant sur ce résultat non négligeable, la candidate à la tête de la liste « Une nouvelle énergie » (Parti socialiste, Parti radical de gauche, Parti communiste) veut imposer ses conditions avant de s’allier à Archipel citoyen.

Favorable à un rassemblement, elle réclame en contrepartie la présidence de Toulouse métropole, la communauté urbaine qui pilote les grands projets d’aménagement et le développement économique des trente-sept communes qui la composent. Dans cette configuration, les clefs du Capitole seraient alors confiées à Antoine Maurice.

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« On n’est pas dans une logique de marchand de tapis ou de poker menteur », se défend Nadia Pellefigue, l’élue à la région Occitanie chargée du développement économique et de la recherche. Pour la quadragénaire, cette « solution » permettrait de « trouver ce qui ne contribuerait pas à une déperdition des voix ». « Nous avons la recette pour convaincre nos électeurs, qui sont différents, et additionner nos voix. Et cela doit s’illustrer par cette gouvernance partagée », se justifie-t-elle.

Une proposition que balaie le principal concerné. « Elle est présentée comme un préalable à un rassemblement et sur la base du résultat du premier tour. Cela me paraît osé de le demander à ce stade. Je ne suis pas dans une répartition des postes. Cette question sera traitée dans un second temps, après le 28 juin, avec les maires des trente-six villes », précise ce juriste de formation âgé de 39 ans, qui considère comme « indispensable » l’union des deux listes.

Points de divergence

Même si les mesures d’un projet commun ont été discutées dès le soir des résultats du premier tour, l’accord n’était toujours pas finalisé à la fin avril. Car les points de divergence entre les deux listes semblent irréconciliables. Si la candidate socialiste plaide pour la création d’une ligne de train à grande vitesse et une troisième ligne de métro, Antoine Maurice défend un réaménagement des lignes de train existantes, la prolongation de la ligne de tramway et la création d’un RER.

Néanmoins, l’union des gauches n’est pas vaine, veulent positiver les deux candidats, qui ont repris les discussions jeudi 28 mai, à cinq jours du dépôt des listes. Antoine Maurice et Nadia Pellefigue doivent annoncer leur décision vendredi 29 mai en milieu de journée. Avec 5,66 % des suffrages obtenus au premier tour, Pierre Cohen, l’ancien maire socialiste de Toulouse de 2008 à 2014, qui convoitait un deuxième mandat, cette fois-ci avec Génération.s, a décidé de se rallier à Archipel citoyen.

Et puis, la pandémie est passée par là, et avec elle son lot de conséquences, notamment économiques, qui vont peser dans le débat de l’entre-deux-tours. Même si Toulouse est relativement épargnée par la crise sanitaire, les répercussions attendues sur l’aéronautique s’annoncent importantes. Or, ce secteur tiré par Airbus, dont le siège social est à Blagnac, en banlieue toulousaine, est le moteur de l’aire métropolitaine, avec près de 85 000 emplois.

Face à cette situation de crise, les deux candidats de gauche modifient leur programme pour répondre à l’urgence. « Dans cette période, l’immobilisme ne serait pas responsable. Il faut faire en sorte d’amortir l’impact de la crise le plus fortement possible et d’accompagner l’aéronautique sur des trajectoires qui permettent un avenir plus durable », précise Nadia Pellefigue.

La socialiste, ancienne conseillère au Parlement européen, souhaite alors « engager une réflexion sur l’avenir de la filière en associant les acteurs de l’aérospatiale ». Une mesure que partage Archipel citoyen. « On doit se mettre autour de la table pour ne pas commettre les mêmes erreurs », confirme M. Maurice.

« Pertes de voix considérables »

A Toulouse, comme partout en France, l’abstention a battu des records lors du premier tour. Seuls 36,66 % des électeurs toulousains se sont rendus aux urnes, contre 54,5 % en 2014. « La peur du virus a beaucoup joué, analyse Jean-Luc Moudenc, le maire sortant, douché par le résultat obtenu le 15 mars, en deçà de ses attentes. On voit bien que beaucoup d’électeurs qui se reconnaissent dans la municipalité actuelle ne se sont pas déplacés pour aller voter. Les pertes de voix sont considérables, mais on ne constate pas de transfert vers les autres listes. »

La participation sera donc un enjeu central du second tour. Pour encourager les abstentionnistes à voter, le centriste démocrate-chrétien de 59 ans définit une « méthode » de campagne qui sera sur les rails dans quelques jours.

Le maire profitera-t-il d’un effet gestion de crise pendant l’épidémie de Covid-19 ? Pour Nadia Pellefigue, cela ne fait aucun doute. « Il a eu, pendant deux mois de confinement, l’exclusivité du rapport direct avec les Toulousains », déplore la candidate. Jean-Luc Moudenc, lui, est plus modéré que son adversaire. « Je ne sais pas si c’est un atout. Car le 28 juin est loin. Et si l’épidémie confirme sa régression, les gens vont passer à autre chose. » A un mois du second scrutin, rarement campagne aura semblé si flottante, si incertaine, à Toulouse.

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