« L’affaiblissement des partis nous mène à une impasse démocratique »

La spécialiste de l’opinion Chloé Morin et le juriste Daniel Perron publient un essai rendu public lundi par la Fondation Jean-Jaurès, « A quoi servent encore les partis politiques ? ».

Propos recueillis par Publié le 23 mai 2020 à 10h28 - Mis à jour le 25 mai 2020 à 12h24

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La Fondation Jean-Jaurès publie lundi un essai rédigé par deux de ses experts associés, Chloé Morin et Daniel Perron, intitulé « A quoi servent encore les partis politiques ? » (40 p., 6 euros). Dans cette note, les deux auteurs analysent les causes, réelles ou fantasmées, du délitement des partis traditionnels, tout en affirmant que ces derniers restent indispensables à la vie démocratique.

La décision de maintenir le premier tour des élections municipales en pleine crise sanitaire a été très critiquée, après coup. Les partis politiques ont-ils été à la hauteur dans cette séquence ?

Chloé Morin : Ce scrutin, qui décide plus que tout autre de notre quotidien, aurait dû faire l’objet d’un consensus tranquille. Bien au contraire, le premier tour a laissé dans l’opinion un traumatisme profond. S’est installée – sans preuves – l’idée que l’on avait consciemment envoyé les électeurs à l’abattoir pour des raisons politiciennes. Le débat sur le second tour s’est avéré encore plus ubuesque ou hypocrite, aucun élu ne voulant assumer la décision, et le conseil scientifique, par son extrême prudence, ayant signalé qu’il refusait de servir de caution.

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Depuis le début de la crise, à quoi ont servi les partis ?

Daniel Perron : Les partis d’opposition se sont trouvés face à une équation impossible. La gestion de la crise relève d’abord de l’action, donc de l’exécutif. Les partis ont manqué de leviers d’action – sauf locaux, ce qui dans la période n’a pas été anecdotique. Au lieu de jouer à fond l’union nationale, le président les a laissés à l’écart. Leur tâche s’est encore compliquée par le fait que l’opinion publique, hyper-défiante, considérait ceux qui avaient déjà été aux responsabilités comme coresponsables des errements – notamment sur les masques – et semblait voir dans toute critique une tentative insupportable de faire de la politique politicienne.

Vous faites le constat d’un affaiblissement considérable des partis. Que s’est-il passé ?

C. M. : Cela s’explique d’abord par un débat économique atrophié depuis le milieu des années 1980. Une forme de pensée unique a emporté le marché des idées en gagnant la plupart des élites, plongées dans une uniformité saisissante. Il n’y a plus de débat véritable sur les questions économiques, autre que paramétrique : plus ou moins d’impôts, plus ou moins d’aides… C’est le fameux TINA [« There is no alternative »] de Thatcher. Certaines idées, sur le rôle de la dette ou de la politique monétaire européenne, n’ont pas droit de cité, quand bien même seraient-elles défendues par des Prix Nobel.

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