Après deux mois de confinement, une rancœur encore plus forte accumulée contre le gouvernement

« Gilets jaunes », réforme des retraites... la défiance à l’égard du pouvoir n’est pas nouvelle. Mais selon des élus locaux et des hauts fonctionnaires, elle est à un niveau jamais atteint.

Par et Publié le 12 mai 2020 à 03h51 - Mis à jour le 12 mai 2020 à 11h37

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Lors de la journée internationale des travailleurs, le 1er Mai, à Paris.

Les semaines de confinement ont passé et les craintes de se retrouver avec une Cocotte-Minute sociale n’ont cessé de grandir. Elus locaux, syndicalistes, hauts fonctionnaires sont inquiets. Dans quel état d’esprit les Français, confrontés à la pire pandémie du siècle et à une crise économique sans précédent, vont-ils se trouver au moment où le gouvernement incite à la reprise du travail ? Les derniers sondages d’opinion marquent un enracinement patent d’une colère à l’égard de l’exécutif et de sa gestion de la crise sanitaire : selon une enquête du Cevipof, menée entre le 2 et le 7 avril, ce sentiment serait partagé par 53 % des personnes interrogées.

Cette défiance à l’égard du pouvoir n’est pas nouvelle. Le mouvement des « gilets jaunes » avait déjà révélé un mécontentement social des classes populaires sans équivalent. La mobilisation importante contre la réforme des retraites de l’hiver avait démontré que ce rejet de la politique du gouvernement était très partagé chez les salariés. Délicat de faire des pronostics sur une nouvelle explosion sociale mais la vigilance est de mise au gouvernement. Un haut fonctionnaire, rattaché au ministère de l’intérieur, en convient : « Il est difficile de lire dans la boule de cristal. Cependant, on voit bien que la fracturation de la société se creuse encore, l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat s’accroît. La période gilet jaune n’est pas cicatrisée. »

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Les échos recueillis auprès des élus locaux ne sont guère plus optimistes. Partout, ils sentent une défiance et une perte de crédibilité de la parole publique à un niveau jamais atteint. Et alors que les territoires ont été inégalement touchés par l’épidémie de Covid-19 et que tout le monde n’a pas la même expérience du confinement, ils témoignent tous d’une exaspération très présente. « Le nombre de mails et courriers reçus à ma permanence me disant “on n’a plus confiance” s’est multiplié. L’exécutif est attendu au tournant », assure Boris Vallaud, député (Parti socialiste, PS) des Landes.

Colère et sentiment « d’être pris pour des imbéciles »

Dans un moment vécu avec une émotion aiguë, où chacun est ramené à sa propre situation et celle de ses proches, l’inquiétude est à son comble. L’affaire des masques a été un point de cristallisation majeur : « Les gens ont eu le sentiment d’être pris pour des imbéciles, de n’être pas considérés comme des citoyens qui réfléchissent. Les changements de pied permanents du gouvernement sur l’école ont aussi provoqué du mécontentement », relate Olivier Bianchi, maire socialiste de Clermont-Ferrand.

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