Coronavirus : les syndicats veulent protéger les salariés obligés d’aller travailler

Un texte commun a été signé qui propose de « donner les moyens de garantir la sécurité » des salariés qui se rendent à leur poste malgré la pandémie.

Par , et Publié le 20 mars 2020 à 10h49 - Mis à jour le 20 mars 2020 à 11h24

Temps de Lecture 3 min.

Un caissier travaille dans un Intermarché à issy-Les-Moulineaux dans les Hauts de Seine, le 18 mars 2020. Le supermarché ouvre exceptionnellement de 8h à 8h30 uniquement pour les clients de plus de 70 ans, pour répondre aux besoins en plein confinement provoqué par l'épidémie de Coronavirus. Lucas Barioulet pour Le Monde

« L’intendance suivra », disait le général de Gaulle. Alors que la situation sanitaire liée à l’épidémie due au coronavirus s’aggrave, l’exécutif redoute l’ouverture d’un nouveau front, avec l’arrêt de l’activité dans un nombre croissant d’entreprises.

Signe de cette inquiétude, Emmanuel Macron a installé, jeudi 19 mars à l’Elysée, une « task force » pour éviter que le cœur de notre économie cesse de battre. « La grande difficulté du moment (…), c’est qu’il faut à la fois passer un message (…) de protection, de distance collective (…), et, d’autre part, continuer la vie économique, même confinés, car il serait impossible de vivre, de soigner », a expliqué le chef de l’Etat.

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Depuis l’annonce, lundi soir, des mesures de confinement, l’angoisse monte chez les salariés qui doivent se rendre à leur poste. Beaucoup se plaignent de ne pas disposer de moyens de protection suffisants et demandent à rester chez eux. L’absentéisme progresse un peu dans certains secteurs, comme l’agroalimentaire. Face aux injonctions gouvernementales qu’ils jugent contradictoires, des employeurs ne savent plus quelle attitude adopter : renvoyer leurs personnels à la maison ou maintenir le rideau ouvert ?

« La vie d’une caissière ne vaut pas moins que celle d’un cadre qui peut télétravailler »

La situation préoccupe également les partenaires sociaux. Jeudi soir, ils ont abordé le sujet à l’occasion d’une visioconférence. Leurs échanges ont débouché sur un texte commun appelant « les pouvoirs publics et les entreprises à mettre en œuvre tous les moyens indispensables à la protection de la santé et de la sécurité des salariés devant travailler ». Quelques lignes relativement convenues, mais sur lesquelles il fut tout de même difficile de s’entendre, selon plusieurs participants. « On aurait pu aller beaucoup plus loin. Le monde s’écroule, il faut arrêter de regarder nos pompes », soupire l’un d’eux.

« La vie d’une caissière ne vaut pas moins que celle d’un cadre qui peut télétravailler, martèle Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Il faut du matériel de protection et revoir les processus de production. On ne s’en sortira qu’avec du dialogue social à tous les étages. » Regrettant des « zigzags gouvernementaux en termes de communication », François Hommeril, le président de la CFE-CGC, considère que la priorité, aujourd’hui, doit être de rassurer. « Il faut donner les moyens de garantir la sécurité des gens, juge-t-il. Si c’est une économie de guerre, l’Etat doit sonner la mobilisation générale. On parle de masques, de gels hydroalcooliques, pas de canons… Il faut recréer un climat de confiance. »

« Laisser-aller »

La ligne de l’exécutif, qui consiste à dire « Restez chez vous » tout en réclamant la poursuite de l’activité économique, est « compliquée » à tenir, reconnaît Yves Veyrier, le numéro un de FO. « Tout le monde a compris que des secteurs comme l’agroalimentaire ou les transports doivent fonctionner, ajoute-t-il. Mais on ne peut pas faire courir de risques aux salariés. » Une analyse partagée par Cyril Chabanier, le président de la CFTC : « Nous sommes d’accord avec l’idée qu’une partie des personnes doivent aller sur leur lieu de travail habituel, mais ça doit se faire dans le strict respect des règles de sécurité. »

Les responsables patronaux, à l’échelon national, sont en phase avec une telle approche. Ils souhaitent, de surcroît, que le pouvoir en place fasse œuvre de pédagogie. Jusqu’à la semaine dernière régnait un relatif « laisser-aller » sur les consignes données à la population, estime Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P). Puis un « coup d’arrêt » a été donné : « C’est au gouvernement d’avoir un discours plus équilibré », considère-t-il.

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Pour le moment, une forme d’incompréhension demeure, engendrant des éclats de voix. Jeudi, sur LCI, Muriel Pénicaud, la ministre du travail, s’en est prise aux organisations professionnelles représentant le monde de la construction : « Quand un syndicat patronal dit aux entreprises “arrêtez d’aller bosser”, “arrêtez de faire vos chantiers, ça, c’est du défaitisme. (…) Les entreprises (…) qui se disent finalement l’Etat paiera”, et nous ça ne nous regarde pas, ce n’est pas du civisme. »

Ses propos visaient en particulier la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment. Son président, Patrick Liébus, est outré par la sortie de Mme Pénicaud : « Elle a atteint le sommet du mépris, c’est scandaleux », confie-t-il. Il souligne que des expertises sérieuses ont conclu à l’impossibilité, pour la plupart des sociétés du secteur, de poursuivre leur activité tout en préservant la sécurité des travailleurs. L’accrochage avec la ministre est révélateur, d’après lui, d’« incohérences » au sommet de l’Etat.

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