Réformes des retraites : les risques politiques du 49.3

Les deux motions de censure, auxquelles Edouard Philippe devra répondre, ne menacent en rien son gouvernement. Mais la décision de recourir au 49.3 fait planer la menace d’un regain de la contestation.

Par , et Publié le 02 mars 2020 à 05h25 - Mis à jour le 02 mars 2020 à 09h54

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Edouard Philippe à la sortie du conseil des ministres su 29 février.
Edouard Philippe à la sortie du conseil des ministres su 29 février. VINCENT ISORE / IP3

Quand il grimpera ces prochains jours les escaliers de la tribune de l’Assemblée nationale, d’où il a annoncé, samedi 29 février, l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution pour adopter sans vote le premier volet de la réforme des retraites, Edouard Philippe sait qu’il ne courra aucun risque. Les deux motions de censure, l’une de gauche, l’autre de droite, auxquelles il devra répondre, ne menacent en rien son gouvernement. Même les frondeurs socialistes durant le quinquennat de François Hollande, que Manuel Valls avait contournés à plusieurs reprises en employant le 49.3, n’étaient pas parvenus à faire chuter le premier ministre dans le cadre de cette procédure. Ce qui ne veut pas dire que ce recours sera sans conséquences pour l’exécutif.

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Dès samedi soir, de premières bulles de colère ont explosé, au Havre notamment, où le locataire de Matignon mène campagne en vue des élections municipales des 15 et 22 mars. « 49.3 Philippe prend la fièvre », « Mettons-le en quarantaine », pouvait-on lire sur la façade de sa permanence, qui a également été caillassée par des manifestants. Un « 49.3 » a également été inscrit à la peinture rouge sur le local de Gérald Darmanin, ministre en campagne à Tourcoing (Nord). Signe que l’exécutif peut prendre de plein fouet la colère soulevée par cet acte d’autorité, alors qu’Emmanuel Macron tente, sur cette affaire, de rester à distance. Comme François Hollande en son temps avec Manuel Valls. « Le président ne voulait pas être entravé par le débat des retraites, il l’a confié au premier ministre pour pouvoir faire autre chose », rappelle un proche du chef de l’Etat.

Regain de la contestation

La décision de recourir au 49.3, symbole de passage en force, fait en effet planer la menace d’un regain de la contestation sociale ; samedi soir, des rassemblements spontanés de protestataires se sont tenus aux abords de l’Assemblée nationale. Mais à la tête de l’Etat, on dit ne pas croire à un réveil des mécontents. « L’opposition à la réforme était déjà là, c’est même la motivation première de l’obstruction à l’Assemblée nationale, estime-t-on à Matignon. Beaucoup de gens trouvent au contraire légitime d’avancer. »

Un graffiti indiquant « Mettons-le en quarantaine » recouvre le mur du siège de la campagne municipale d’Edouard Philippe, au Havre, le 29 février.
Un graffiti indiquant « Mettons-le en quarantaine » recouvre le mur du siège de la campagne municipale d’Edouard Philippe, au Havre, le 29 février. NATALIE CASTETZ / AFP

Au sein du Palais-Bourbon, le 49.3 risque toutefois de cristalliser un peu plus des oppositions déjà remontées contre la méthode employée par le gouvernement. Or, le parcours législatif de la réforme n’est pas terminé, puisque le changement de système de retraites est découpé en deux volets. Le projet de loi organique devra être examiné après le probable rejet des motions de censure. Même s’il est plus court que le projet de loi ordinaire, il pourrait être le théâtre dès cette semaine d’une nouvelle guérilla parlementaire. « Nous ne lâcherons rien », a déjà promis le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

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