Aux élections municipales, l’irruption des listes citoyennes

Dans le sillage des « gilets jaunes », de nombreux collectifs citoyens se présentent aux municipales.

Par et Publié le 07 février 2020 à 11h38 - Mis à jour le 08 février 2020 à 12h59

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Ce sont des dizaines de points sur une carte de France interactive. Derrière chacun, une liste : #noussommes à Montpellier, Forcalquier en commun dans les Alpes-de-Haute-Provence, Assemblée citoyenne à Commercy (Meuse)… Autant de candidatures pour les municipales se revendiquant « participatives » ou « citoyennes ».

« On en a compté 244 dans notre base de données. Mais de nombreuses listes avec lesquelles nous sommes en contact ne se sont pas cartographiées », précise Thomas Simon, cofondateur d’Action commune, une association qui accompagne les expériences de listes participatives.

Dans la presse régionale, on repère la candidature d’une nouvelle liste « citoyenne » presque chaque jour. Avec pour point commun de revendiquer un nombre important de citoyens non encartés. « On a vu une accélération dans les dix derniers mois et surtout depuis l’été. Mais il y a une grande diversité entre ces listes », note Elisabeth Dau, directrice de recherche au think tank CommonsPolis.

Modèle de Saillans

Cet essor est un des symptômes les plus visibles de la profonde défiance de certains citoyens envers la démocratie représentative qui secoue la France ces dernières années, et particulièrement depuis la révolte des « gilets jaunes ». Ces derniers, depuis le début de leur mouvement, n’ont cessé de revendiquer une plus grande participation du peuple aux décisions des élus.

C’est « l’urgence écologique et sociale », associée à « l’absence de renouvellement des politiques » et aux « 40 % d’abstention » aux dernières municipales à Chambéry qui a conduit Aurélie Le Meur, consultante, à s’engager dans le collectif Chambé citoyenne dont elle est aujourd’hui tête de liste. « Soit on regardait sans rien faire, soit on créait quelque chose », explique-t-elle. « Il y a une défiance, un fossé : les gens ont perdu confiance dans la politique, ça ne peut plus durer », renchérit Caroline Honvault, fonctionnaire territoriale, numéro 2 de la liste Archipel citoyen à Toulouse.

Beaucoup se revendiquent du modèle de Saillans (Drôme), où les habitants ont expérimenté depuis 2014 une gouvernance participative. Mais sous le terme « liste citoyenne » se cache en réalité un large éventail de démarches et de pratiques, certaines aux antipodes de la politique traditionnelle, mais d’autres plus proches des listes partisanes classiques.

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« Derrière beaucoup de listes citoyennes, on trouve en fait une agrégation de plein de partis : Génération.s, le Parti communiste, Place publique, Europe Ecologie-Les Verts (EELV), La France insoumise (LFI) », note Rémi Lefebvre professeur de sciences politiques à l’université de Lille, qui coordonne un collectif de recherche sur les élections municipales. Ces listes mélangent militants et citoyens non encartés. « Une sorte de gentlemen’s agreement entre des partis politiques – qui ont besoin de citoyens pour leur image et parce qu’ils manquent de candidats – et des citoyens engagés qui veulent peser politiquement et se disent, par réalisme, qu’ils ont besoin des partis, détaille Rémi Lefebvre. Pour créer un dénominateur commun, on se dit “listes citoyennes”, c’est plus attractif à l’heure où les partis politiques ne sont plus en odeur de sainteté. » D’autres listes revendiquent au contraire de se tenir à l’écart des partis.

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