Au 40e jour de la contestation : « Si la totalité des travailleurs s’étaient mis en grève dans ce pays, on n’en serait pas là ! »

Si les grévistes continuent de rejeter la réforme des retraites, certains pensent qu’il vaudrait mieux sortir d’un mouvement reconductible pour passer à une « grève de temps forts ».

Par Publié le 13 janvier 2020 à 18h28 - Mis à jour le 14 janvier 2020 à 16h14

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Assemblée de cheminots en grève, devant la gare de Lyon à Paris, le 13 janvier.

C’est la cohue à l’entrée du Théâtre Antoine-Vitez d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) en ce lundi 13 janvier au soir. On s’embrasse, on échange des tracts, on se raconte son action du jour en jouant des coudes pour commander au bar une soupe ou un sandwich « du gréviste ». Le prix est libre, « au profit de la caisse de grève ».

Solidaire, le personnel du théâtre s’est mis à la disposition du comité interprofessionnel de grève local pour organiser une réunion publique sur la réforme des retraites. Des tracts ont été distribués aux portes des écoles, au marché, des affiches placardées dans tous les quartiers de la ville dans l’espoir d’élargir la contestation.

La salle est remplie de plus de 200 personnes quand commence la discussion, avec dix orateurs sur scène. Sur un ton enjoué, Benjamin Amar, de l’union départementale CGT, s’attaque au projet de loi, soulignant le flou des « 1 000 euros de retraite minimum pour une carrière complète », raillant le retrait provisoire de l’âge pivot – « on prend les gens pour des cons » –, moquant l’attitude de la CFDT, faisant rire l’assistance. « La question c’est comment toute la semaine on construit des mobilisations partout (…). Il faut arriver à faire péter l’idée que c’est terminé, alors que rien n’est terminé ! On peut gagner, on va y arriver ! », conclut-il optimiste.

Amertume

A sa suite, prennent la parole un gréviste de la Bibliothèque nationale de France (BNF), un agent territorial d’Ivry, un agent hospitalier, une professeure des écoles, un syndicaliste de la CGT commerce qui résume les raisons de la difficile mobilisation dans le privé : précarisation, peur des sanctions et méconnaissance du projet de loi… Quand une première voix secoue l’assemblée. C’est celle de Christophe Gaudefroy, machiniste receveur au dépôt RATP d’Ivry-sur-Seine et élu CGT. « J’en suis à mon 40e jour de grève ! Désolé si mes paroles vont heurter mais si la totalité des travailleurs s’étaient mis en grève dans ce pays, on n’en serait pas là !, lance-t-il d’un ton ferme. Il faut se mettre en carafe ! Ces thunes-là, si on se bat pas, on va les perdre toute notre vie ! A quel moment on se retrouve dans la rue pour dégager ce gouvernement et dire que cette société on n’en veut pas ? » Il est vivement applaudi.

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Quelques retraités prennent la parole dans la salle, évoquent les combats passés, les combats perdus. Mais au premier rang, casquette sur la tête, un homme s’agite pour obtenir le micro. C’est Didier Continsouzat, secrétaire adjoint de la CGT-Cheminots Paris-Massena. Quand il l’obtient, il s’ancre face à la salle et pose « une question simple » : « Combien sont à quarante jours de grève ici ? » Quelques mains se lèvent. Il tonne : « On est une dizaine ? Cette réforme vous la voulez ou vous la voulez pas ? Mais à quarante jours vous attendez quoi ? Qu’on fasse la grève six mois ? Tenir la baraque, faire la locomotive, on va plus pouvoir ! Moi je vais à la pompe, il y a de l’essence ! A la banque, il y a des billets ! Dans les magasins, tout est approvisionné ! Mais qu’est-ce que vous foutez ? »

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