Hydroxychloroquine : la dernière étude de Didier Raoult ne convainc pas nombre d’épidémiologistes

Une étude portant sur plus de 3 000 personnes traitées avec le « protocole Raoult » a été publiée, mais ne permet pas de conclure sur l’efficacité de ce traitement contre le Covid-19.

Par Publié le 28 juin 2020 à 05h13 - Mis à jour le 28 juin 2020 à 17h54

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Didier Raoult après son audition par la commission d’enquête à l’Assemblée nationale à Paris, le 24 juin.

Le 24 juin, face à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale chargée d’examiner la gestion de la pandémie de Covid-19 en France, l’infectiologue Didier Raoult s’est départi de son équanimité face à l’ultime question posée par le député MoDem du Gard Philippe Berta : « pourquoi n’avez-vous pas mené une étude clinique digne de ce nom, dès le départ, qui aurait pu définitivement répondre, oui ou non, l’hydroxychloroquine a un effet ? Vous saviez très bien que ces pseudo-essais cliniques n’étaient absolument pas recevables par qui que ce soit », s’est interrogé le parlementaire, qui est aussi généticien. Piqué au vif, l’infectiologue marseillais a rétorqué que « moins il y a de gens dans un essai, plus c’est significatif. (…) Tout essai qui comporte plus de 1 000 personnes essaie de démontrer quelque chose qui n’existe pas. » Avant de s’exclamer : « Je suis un grand scientifique ! »

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Jeudi 25 juin, au lendemain de cet échange, son équipe de l’IHU Méditerranée Infection publiait dans Travel Medicine and Infectious Disease (TMAID) une vaste étude portant sur 3 119 personnes traitées avec le « protocole Raoult » comparées à d’autres patients ayant bénéficié d’un autre traitement. Conclusion ? « Les résultats suggèrent qu’un diagnostic, un isolement et un traitement précoces des patients Covid-19 avec au moins trois jours d’administration d’hydroxychloroquine et d’azithromycine conduisent à des résultats cliniques significativement améliorés et à une baisse de la charge virale plus rapide qu’avec d’autres traitements. »

Cette étude était très attendue : Didier Raoult l’avait évoquée dans plusieurs des vidéos diffusées par son institut, distillant des schémas que chacun peut désormais examiner à loisir. Comme les précédentes, de plus petite taille, conduites par l’équipe marseillaise, il s’agit d’une étude rétrospective, qui par construction a une force probante plus faible que le standard des essais cliniques prospectifs. Ceux-ci visent à comparer des groupes de patients constitués de façon aléatoire selon des critères prédéfinis, afin d’éviter divers biais. Didier Raoult a à nouveau justifié ce choix devant les députés : « L’éthique basale c’est que quand on a la preuve que quelque chose marche, on arrête l’essai » – afin que tous les patients bénéficient du traitement.

La « preuve », même adossée à plus de patients, ne semble toujours pas emporter la conviction d’un grand nombre d’épidémiologistes. « Nul de chez nul », résume Dominique Costagliola, directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Sorbonne Université, Inserm), qui énumère les raisons pour lesquelles la comparaison entre les patients traités et les autres n’est pas valide : ceux qui reçoivent le protocole promu par l’IHU sont en moyenne plus jeunes, moins sujets à des maladies chroniques, présentent des symptômes et des atteintes pulmonaires moins sévères – autant de facteurs pénalisant le groupe des « autres patients ». Ceux-ci avaient soit reçu la combinaison hydroxychloroquine-azithromycine moins de trois jours, l’un ou l’autre de ces médicaments, ou aucun des deux. Les tentatives de correction de ces biais ne la convainquent pas.

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