Coronavirus : la longue prescription du professeur Didier Raoult aux députés

Devant la commission d’enquête sur la gestion de la pandémie à l’Assemblée nationale, le professeur marseillais a dénoncé l’organisation « désuète » et les conflits d’intérêts qui, selon lui, ont affaibli la riposte face au SARS-CoV-2.

Par et Publié le 25 juin 2020 à 03h30 - Mis à jour le 26 juin 2020 à 09h54

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Le professeur Didier Raoult entendu par la commission d’enquête parlementaire sur la crise sanitaire, à l’Assemblée nationale à Paris, le 24 juin.

Il est entré dans l’arène comme une rockstar. Sans sa blouse blanche, un masque couvrant la moitié de son visage, encadré par de longs cheveux blonds. Suivi par une nuée de caméras et de photographes, le professeur Didier Raoult, devenu l’une des personnalités « politiques » préférées des Français, était attendu, mercredi 24 juin, dans une certaine effervescence par les députés de la commission d’enquête parlementaire chargée d’étudier la généalogie de la crise sanitaire et les éventuelles failles de la réponse française à l’épidémie.

« Je n’ai pas mis mon tee-shirt Raoult », plaisante, en l’attendant, la députée La France insoumise Caroline Fiat, tandis que l’élu Parti socialiste des Pyrénées-Atlantiques David Habib sort son portable pour une photo mais rate sa cible, penaud : « Il a bougé, du coup j’ai eu Ciotti… » Même les policiers et les huissiers, tous penchés vers l’escalier qui descend dans les sous-sols de l’Assemblée, n’ont pas résisté à suivre des yeux l’entrée fracassante de l’infectiologue marseillais, défenseur controversé de l’hydroxychloroquine pour soigner le Covid-19. « Votre action a suscité une multitude de réactions passionnelles qu’on n’a pas l’habitude de voir dans une crise sanitaire, a résumé le rapporteur LR, Eric Ciotti. Vous êtes ou haï ou adulé. »

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Devant les députés de la commission d’enquête, dont plusieurs sont des soutiens déclarés du professeur et de son traitement, Didier Raoult, qui a multiplié les longues digressions, a alterné entre les attaques et les critiques d’un côté, et les constats plus conciliants ou humbles, de l’autre, reconnaissant la « difficulté d’avoir une ligne continue quand les vents soufflent dans tous les sens ». N’avait-il pas lui-même estimé, en janvier, « complètement fou que l’OMS s’en mêle » après la mort de « trois Chinois », et affirmé, fin février, que, grâce à la chloroquine, le Covid-19 était « probablement l’infection respiratoire la plus facile à traiter » ? Plus récemment, ses déclarations sur la fin ou la résurgence de l’épidémie ont aussi pu paraître contradictoires. « L’avenir n’est à personne, l’avenir est à Dieu », a-t-il botté en touche au sujet d’une éventuelle deuxième vague, citant Victor Hugo.

Antisystème

Porté aux nues par les tenants de l’antisystème, qui surfent sur la fracture entre le peuple et les élites, Paris et la province, l’infectiologue – dont le visage orne des cierges vendus à Marseille – a expliqué pourquoi il n’avait pas siégé au sein du conseil scientifique, installé par Macron en mars, pour l’aider dans sa prise de décision. « J’étais un ovni, un extraterrestre », au milieu d’« une bande de types qui ont l’habitude de travailler entre eux », mais dont aucun « n’est expert des coronavirus », a-t-il argué. « Je ne suis pas un homme de réunion, je suis un homme de données », a-t-il insisté, précisant qu’il n’était « pas d’accord » avec ce que le professeur Jean-François Delfraissy et son cénacle avaient préconisé pendant la crise. Le divorce était inévitable.

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