Coronavirus : les applications de traçage des malades divisent les chercheurs en Europe

Sécurité, technologie, protection des données : les experts, notamment français, s’étrillent sur les différentes solutions techniques proposées pour faciliter le repérage des « cas contacts » au coronavirus.

Par et Publié le 23 avril 2020 à 10h28 - Mis à jour le 24 avril 2020 à 16h15

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Le 10 avril, Google et Apple ont annoncé faciliter le suivi de contacts en modifiant leur système d’exploitation de téléphone qui « contrôle » les signaux Bluetooth, afin d’améliorer les mesures de distance.

La tension monte autour des futures technologies dites de suivi de contacts, qui doivent aider à contrôler l’épidémie de Covid-19 en enregistrant les personnes qui ont été en contact avec un malade afin qu’elles s’isolent.

Un consortium de chercheurs développant une telle solution vient de se disloquer, moins d’une semaine après son lancement. Les partants promeuvent maintenant leur propre idée, aussitôt étrillée pour ses failles de sécurité. Une troisième équipe dégaine une autre option, elle aussi critiquée trois jours plus tard, qui plus est par une partie de leurs collègues du même organisme de recherche. Des spécialistes de la sécurité informatique, opposants habituels des Google et Apple, applaudissent ces géants dans un texte soutenant les technologies de suivis de contact.

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Et tout ce beau monde, d’ordinaire policé, s’invective sur Twitter… « Je regrette cette ambiance. On dirait que les règles du jeu scientifique ont changé. Personne ne répond à mes critiques. J’ai été insulté. Les gens sont agressifs. Le confinement monte à la tête », estime Serge Vaudenay, professeur en chiffrement à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse).

Revenons sur les détails de cette situation tendue.

Lorsqu’une personne tombe malade, identifier les personnes qu’elle a croisées fait partie de la panoplie pour maîtriser une épidémie. Quand celle-ci est trop développée, ce laborieux travail de terrain n’est plus possible. D’où l’idée d’utiliser les téléphones portables pour automatiser le processus. Et plus précisément, de se servir du signal Bluetooth des appareils pour repérer les personnes à proximité (la force du rayonnement dépendant de la distance). Si une personne tombe malade, il reste alors à prévenir ses contacts, repérés et enregistrés par son téléphone.

Une efficacité pas garantie

Ce principe a déjà été utilisé avec des modalités différentes en Chine, Corée du Sud, Vietnam ou Singapour. Ses limites sont nombreuses. Les mesures de distance sont mauvaises, les signaux passent les murs et peuvent donc générer de faux contacts, les contaminations par les surfaces sont ignorées par le système, tout le monde n’a pas de smartphone, des atteintes à la vie privée sont possibles… De plus, les règles pour qualifier un contact de suspect (durée, distance) sont encore incertaines à cause d’une épidémie aux propriétés mal connues. Surtout, l’efficacité sanitaire de telles solutions n’est pas garantie : elle dépend du nombre d’utilisateurs et du nombre de tests biologique possibles à réaliser.

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