Pour affronter le coronavirus, l’efficacité non prouvée de la désinfection des rues

De nombreuses communes françaises ont commencé à imiter cette pratique empruntée à la Chine ou à la Corée du Sud. Le Haut Conseil de la santé publique, saisi par le gouvernement sur cette question, devrait rendre son avis prochainement.

Par Publié le 31 mars 2020 à 18h06 - Mis à jour le 01 avril 2020 à 08h52

Temps de Lecture 3 min.

A Nice, le personnel de la ville désinfecte les rues, le 26 mars.

Depuis quelques jours, plusieurs villes de France, comme Nice, Cannes, Montauban, Saint-Florent, en Corse, ou encore Suresnes, en Ile-de-France, ont mis en place un dispositif de désinfection de leurs rues. La municipalité de Menton, dans les Alpes-Maritimes, a stipulé sur son compte Twitter que « les services municipaux interviennent sur l’ensemble des voiries de la ville pour désinfecter les rues, ainsi que les mobiliers urbains, dans le cadre du plan de lutte contre l’épidémie de coronavirus ».

A Paris, la candidate à la mairie Rachida Dati (LR) et maire du 7e arrondissement a également demandé à la ville de ne pas « se priver d’une mesure de bon sens ». L’équipe en place de la maire Anne Hidalgo (PS), qui attend un « avis éclairé », pointe de son côté les « réserves de la part des scientifiques ».

Les maires qui pratiquent ce nettoyage des lieux publics ont pris exemple sur plusieurs villes chinoises, comme Wuhan, berceau de la pandémie due au coronavirus, dont les images de grand nettoyage ont fait le tour du monde. En Corée du Sud, l’armée avait même été dépêchée pour réaliser cette tâche titanesque.

A Bordeaux, le maire Nicolas Florian (LR) a envisagé, lors d’un point presse vendredi 27 mars, de procéder lui aussi au nettoyage de lieux publics fréquentés, comme l’entrée des grandes surfaces. Mais cette idée a rapidement été balayée par la préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, étonnée d’apprendre l’initiative du maire en début de semaine, ainsi que par le docteur Daniel Habold, directeur de la santé publique à l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine. Si la décision finale revient à l’édile de la ville, la préfète a réfuté catégoriquement l’intérêt de cette pratique sanitaire, qui n’a pas démontré son efficacité pour vaincre le virus, et pourrait avoir des conséquences sur l’environnement.

Dans une station de métro de Wuhan, le 27 mars.

En France, les produits utilisés sont de différentes natures (désinfectants, bactéricides et fongicides) et le plus souvent à base d’eau de Javel diluée dans de l’eau. En Chine, des désinfectants ménagers du même type auraient été utilisés par les autorités, mais tous n’ont pas été identifiés.

Lire aussi Coronavirus : Rachida Dati, favorable à la désinfection des rues, attaque Anne Hidalgo sur son « inaction »

« Espacer les gens » plutôt que nettoyer

Selon le docteur Habold, le nettoyage des rues « massivement », primordial en temps normal, doit se poursuivre comme c’est le cas aujourd’hui à Bordeaux. Mais il ne doit pas s’appuyer sur des produits de type javellisant, qui n’ont pas démontré leur utilité sur les lieux publics.

« Le nettoyage est déjà réalisé par les supermarchés à travers le nettoyage des galeries, des caddies, d’un certain nombre de choses. Après, aller jusqu’à nettoyer le parking, je n’émets pas un avis médical très évident pour argumenter son intérêt. Je préférerais qu’on espace les gens les uns des autres plutôt que l’on nettoie. »

Il ajoute que l’interdiction de cracher par terre, mise en place en 1942 sous le régime de Vichy et toujours en vigueur aujourd’hui, a été imposée pour éviter la transmission de maladies comme la tuberculose… Sans que l’efficacité de la mesure soit à ce jour prouvée.

La préfète de Nouvelle-Aquitaine appuie également son refus, insistant sur l’importance de la question environnementale :

« Utiliser des produits tels que l’eau de Javel ou autre pour nettoyer les rues ou devant les magasins quand ce n’est pas utile, est plus toxique qu’autre chose pour l’environnement, et aussi pour les personnes qui inhaleraient les relents de ces produits. »

A Suresnes (Hauts-de-Seine), le 20 mars.

Consignes nationales à venir

Un argument que défend également l’ARS, qui, outre le pilotage et le développement de la politique de santé publique dans les régions de France, porte la mission de veiller à la protection de l’environnement. « Je n’ai pas d’argument de santé publique pour approuver cette mesure, au contraire », conclut Daniel Habold.

La préfète Fabienne Buccio s’appuie par ailleurs sur les consignes qui ont été données au niveau national par le ministère de la santé et par « l’ensemble des ministères » : celui de « déconseiller fortement aux maires d’utiliser ce genre de moyens. » Le Haut Conseil de la santé publique, saisi le 26 mars par le gouvernement sur cette question, devrait rendre son avis dans les prochains jours.

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