Coronavirus : Didier Raoult, l’infectiologue marseillais derrière la folie planétaire autour de l’hydroxychloroquine

Le microbiologiste préconise un traitement des malades sur la base d’éléments encore ténus. Savant reconnu, il divise par ses prises de position parfois iconoclastes.

Par et Publié le 25 mars 2020 à 10h56 - Mis à jour le 28 mars 2020 à 17h37

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Le professeur Didier Raoult dans son bureau de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, le 26 février.

En quelques jours, il a réussi à faire d’une vieille molécule un objet de convoitise mondiale. Et d’un simple espoir thérapeutique contre le Covid-19 un remède miracle.

Une vidéo postée sur YouTube, un essai au mieux fragile, au pire bancal, et un débat public que la panique a rendu perméable aux promesses de guérison : c’est tout ce qu’il a fallu au microbiologiste français Didier Raoult, 68 ans, patron de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, pour déclencher une folie planétaire autour de l’hydroxychloroquine, commercialisée sous le nom de Plaquenil. Au Maroc, les autorités commencent à en stocker ; aux Etats-Unis et ailleurs, on commence à compter les premières victimes – par intoxication – de l’engouement pour la molécule.

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Dans son fief marseillais, Didier Raoult vient, lui, d’entrer au panthéon des héros locaux incarnant l’esprit rebelle de la ville, opposée à un parisianisme compassé. Un héros, voire un sauveur : devant le siège de son IHU, des centaines de personnes patientent désormais pour recevoir, et le diagnostic, et le remède.

Et, toujours, ces pieds de nez à la capitale, à l’establishment, à la bienséance. Le journaliste Hervé Vaudoit, ancien de La Provence, auteur d’un livre sur le sujet (IHU Méditerranée Infection. Le défi de la recherche et de la médecine intégrées, Michel Lafon, 2018), raconte l’avoir un jour interrogé sur son changement de style, ses cheveux longs, sa barbe, sa bague de biker : « Il m’a souri et m’a répondu :Parce que ça les fait chier.” »

Affoler tranquillement, depuis Marseille, le personnel politique et les médias parisiens semble comme un jeu. Quand le quotidien Les Echos annonce, mardi 24 mars, le scoop de sa démission du conseil scientifique Covid-19 installé par l’Elysée le 11 mars, son institut répond aussitôt qu’il ne démissionne pas du comité. Simplement qu’il n’y viendrait plus – excusé lors des deux premières réunions, son nom n’apparaît pas dans les deux derniers avis rendus par le conseil.

Né en 1952 à Dakar d’un père médecin militaire et d’une mère infirmière, Didier Raoult ne s’insère dans la tradition familiale qu’après un parcours chaotique : indocile, rétif au système scolaire, il croise Christian Estrosi – actuellement maire (Les Républicains, LR) de la ville – au lycée de Nice, où son père l’envoie après un premier exil en internat à Briançon, dans les Hautes-Alpes. Il quitte l’école en seconde, passe un bac littéraire en candidat libre et l’obtient de justesse. Il part deux ans sur les mers à bord de navires de commerce à la façon du Marius de Pagnol. Puis rentre à Marseille et entreprend, contraint par son père, des études à la faculté de médecine.

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