« En l’absence de vaccin, le coronavirus pourrait à terme faire plusieurs centaines de milliers de morts »

Entre le 10 mars et le 14 avril, le nombre de cas graves pourrait s’élever à 40 000 dans toute la France, estime Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes.

Propos recueillis par Publié le 20 mars 2020 à 05h02 - Mis à jour le 20 mars 2020 à 10h40

Temps de Lecture 5 min.

Article réservé aux abonnés

Désinfection d’une ambulance à l’hôpital Edouard-Herriot à Lyon, le 19 mars.
Désinfection d’une ambulance à l’hôpital Edouard-Herriot à Lyon, le 19 mars. JEFF PACHOUD / AFP

Pascal Crépey est enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. Son équipe a modélisé le nombre de lits de réanimation qu’il faudrait dans chaque région française pour prendre en charge tous les cas graves de Covid-19.

Comment avez-vous construit votre modèle ?

Nous sommes partis d’un modèle « classique » utilisé pour évaluer l’impact de la vaccination ou de la fermeture d’écoles sur la diffusion de la grippe. Nous l’avons reparamétré avec les caractéristiques du Covid-19 : sa contagiosité, sa létalité, sa durée d’incubation, et la période de contagiosité. La maladie ayant des manifestations différentes selon l’âge, nous avons utilisé les données démographiques de l’Insee pour pouvoir affiner nos projections.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : les graves insuffisances françaises

Quels sont vos scénarios pour l’évolution de l’épidémie ?

Nous en avons élaboré trois, avec des nombres de transmission différents. Dans la version « optimiste », qui correspond au cas de figure où la population est confinée, chaque malade contamine une personne et demie. Dans le scénario « médian », ce nombre de transmissions passe à 2,25 et dans le scénario « pessimiste », il grimpe à trois.

La France, avant que ne soient prises des mesures de « distanciation sociale », se situait certainement dans un entre-deux, avec un « nombre de reproductions » de 2,6, si l’on se base sur les études faites en Chine. C’est cependant difficile à estimer, car les cas sont de moins en moins bien comptés. Les personnes qui ne présentent pas de symptômes spécifiques ne rentrent pas dans le compteur général, et parmi les patients symptomatiques, seuls les plus graves sont maintenant testés.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les stratégies de dépistage du coronavirus laissent perplexes patients et professionnels

Quelles sont les principales conclusions de votre modélisation ?

Nous nous sommes rendu compte que, sans mesure de contrôle, les capacités de réanimation allaient très vite être débordées, avec un nombre de décès importants à la clé. Entre le 10 mars et le 14 avril, le nombre de cas grave pourrait s’élever à 40 000 dans toute la France et le nombre de décès à plus de 11 000 en un mois.

Que se passera-t-il après ?

L’arrivée des beaux jours pourrait stopper la circulation du virus. Si ce n’est pas le cas, et que les mesures de confinement sont levées trop tôt, il faut s’attendre à un rebond de l’épidémie. En l’absence de vaccin, nous estimons que le Covid-19 pourrait à terme faire plusieurs centaines de milliers de morts, ce qui est en ligne avec les projections réalisées par d’autres équipes d’épidémiologistes.

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.