« L’épidémie de Covid-19 fait moins de morts que la grippe mais suscite beaucoup d’inquiétudes »

Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur, a répondu aux questions des internautes sur l’état actuel des connaissances concernant le coronavirus.

Publié le 18 février 2020 à 14h22

Temps de Lecture 5 min.

Un centre d’exposition transformé en hôpital à Wuhan, dans la province centrale du Hubei, en Chine, le 17 février.
Un centre d’exposition transformé en hôpital à Wuhan, dans la province centrale du Hubei, en Chine, le 17 février. STR / AFP

L’épidémie due au coronavirus SARS-CoV-2 a fait, à ce jour, plus de 1 900 morts depuis son apparition. Le nombre de contaminations en Chine continentale a grimpé, mardi 18 février, à 72 300, alors qu’ailleurs dans le monde environ 900 personnes contaminées ont été recensées dans une trentaine de pays et territoires. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est toutefois voulue rassurante lundi : en dehors de la province chinoise du Hubei, épicentre de l’épidémie, la maladie, dite Covid-19, « touche une très petite proportion de la population » et son taux de mortalité n’est, pour l’heure, que d’environ 2 %, a-t-elle indiqué. Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur et professeur au Conservatoire national des arts et métiers, a répondu à vos questions sur le coronavirus et la maladie qu’il provoque.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : la crainte d’un « cauchemar épidémiologique » au Cambodge

Que sait-on de la période d’incubation du coronavirus et de sa contagiosité ?

Arnaud Fontanet : les estimations actuelles sur la durée moyenne de la période d’incubation convergent vers six jours, avec une durée maximale de douze jours. La période de contagiosité débuterait avec les symptômes, voire, dans quelques cas, avant les premiers signes.

Quels sont les signes précurseurs d’une contamination au SARS-CoV-2 ?

Il faut d’abord savoir s’il y a eu un voyage dans une zone épidémique ou un contact avec une personne infectée dans les quatorze jours précédents. Ensuite, les symptômes sont : fièvre, malaise général, douleurs musculaires, toux sèche et éventuellement gêne respiratoire. Douleurs de gorge, nez qui coule ou diarrhée sont rarement retrouvés (5 à 10 % des cas).

Comment faire la différence avec une forte grippe ?

Il n’y a pas de différences notables entre les formes sévères du Covid-19 et une forte grippe et, comme pour la grippe, il existe fréquemment des formes bénignes.

Est-ce que le coronavirus tue principalement les personnes âgées ou avec des faiblesses immunitaires ?

Une publication récente du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) chinois sur 45 000 cas confirmés rapporte que 80 % des décès ont lieu chez des plus de 60 ans, le plus souvent avec des maladies associées comme le diabète ou l’hypertension artérielle (HTA). Il y a quelques décès parmi les sujets jeunes et en bonne santé, comme on l’a vu avec d’autres virus respiratoires comme le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ou la grippe pandémique de 2009-2010 [A (H1N1)].

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Nombreuses critiques au Japon contre la gestion de l’épidémie de coronavirus

Le taux de mortalité du coronavirus est-il sous-estimé ?

Il est actuellement à 2 %, ce qui est vraisemblablement une surestimation. Certes, il y a un retard dans la comptabilisation des décès, car le délai entre l’apparition des signes et le décès, en cas d’évolution défavorable, est de deux à trois semaines, mais on ne connaît pas le nombre réel de personnes infectées. En effet, une part notable des formes est bénigne, voire asymptomatique, et n’amène pas les patients à consulter un médecin.

Le nombre de décès doit donc être rapporté à un nombre encore plus grand de cas d’infection et le taux de létalité serait donc inférieur à 2 %. Il sera possible de mieux estimer le nombre de personnes infectées lorsque nous disposerons de tests sérologiques (qui dépistent la présence d’anticorps dans le sang témoignant qu’il y a eu une infection par le coronavirus).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : huis clos angoissant à bord du « Diamond-Princess » en quarantaine

Pourquoi la maladie due au coronavirus fait-elle apparemment moins de victimes chez les nourrissons ?

D’une façon générale, les enfants et les nourrissons font des formes bénignes de la maladie. Même lorsque le scanner révèle des images de pneumonie franche, les enfants semblent mieux tolérer la maladie. Il pourrait s’agir d’une réponse immunitaire mieux adaptée. Cela a été observé pour d’autres maladies virales infantiles.

Les personnes vaccinées contre la grippe sont-elles davantage protégées contre le SARS-CoV-2 ?

Non. Mais, outre le fait que la vaccination protège contre la grippe et diminue la surcharge pour le système de santé, le fait de savoir qu’une personne a été vaccinée contre la grippe oriente davantage le diagnostic vers une autre cause.

Que donnent les essais d’antiviraux en vue d’un traitement curatif ?

Un essai utilisant la combinaison lopinavir-ritonavir a été mené en Chine. Nous en attendons les résultats. D’autres essais sont en cours ou programmés avec diverses molécules : interféron bêta, remdesivir, chloroquine. Des transfusions de plasma de patients guéris et contenant donc des anticorps contre le SRAS-CoV-2 sont également envisagées.

Est-il possible de mettre au point un vaccin dans un court délai ?

De nombreuses équipes dans le monde y travaillent. Il faut compter dix-huit mois pour espérer disposer d’un vaccin dont la tolérance et l’efficacité seraient démontrées et dont la production à grande échelle pourrait démarrer.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les Vingt-Sept tentent de mieux se coordonner face à l’épidémie de Covid-19

Quand peut-on espérer une fin de l’épidémie de Covid-19 ?

Il semble qu’il y ait un tassement de l’épidémie dans la province chinoise du Hubei. Néanmoins, nous craignons l’apparition et le développement de foyers épidémiques dans d’autres provinces ou hors de Chine qui pourraient prendre le relais. On ne s’attend cependant pas à ce qu’ils soient aussi actifs que celui parti de Wuhan.

Le coronavirus peut-il survivre aux températures estivales ?

Il est vrai que les coronavirus associés au rhume sont saisonniers, mais c’est en grande partie lié au fait que les gens vivent en espace plus confiné au cours de l’hiver. Le MERS-Coronavirus se transmet toute l’année dans les pays du Golfe. Il est donc trop tôt pour conclure sur l’impact des variations de température sur le cours de l’épidémie.

Faut-il éviter les rassemblements, les trajets en avion, les croisières, pour éviter une contamination ?

Cela dépend de la situation épidémique dans l’endroit où vous vivez. En France, il n’y a pas, à l’heure actuelle, de raisons de s’inquiéter. En revanche, les mesures de prévention classiques des infections respiratoires, comme la grippe qui circule actuellement – tousser dans son coude, mouchoirs à usage unique, hygiène des mains… – sont recommandées.

Pourquoi s’inquiéter de ce coronavirus alors que la grippe saisonnière a déjà fait bien plus de victimes ?

Même si l’épidémie de Covid-19 entraîne moins de morts que la grippe saisonnière, le fait qu’il s’agisse d’un nouveau virus suscite beaucoup d’inquiétudes légitimes, mais aussi des réactions disproportionnées qui peuvent avoir un impact sociétal, politique et économique considérable. La Chine en est l’exemple. Il est donc important d’en parler et d’informer afin que la réponse à l’épidémie soit bien adaptée.

Le Monde

Contribuer

Dans la même rubrique

Services

Lecture du Monde en cours sur un autre appareil.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

  • Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

    Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

  • Comment ne plus voir ce message ?

    En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

  • Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

    Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

  • Y a-t-il d’autres limites ?

    Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

  • Vous ignorez qui est l’autre personne ?

    Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.