Le coronavirus Covid-19 constitue une « très grave menace » pour le monde, alerte l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé appelle tous les pays à la « solidarité » et au partage de données pour arrêter l’épidémie et « sauver des vies ». Le virus a reçu un nouveau nom de l’OMS, et s’appelle désormais officiellement « Covid-19 ».

Le Monde avec AFP Publié le 11 février 2020 à 02h22 - Mis à jour le 11 février 2020 à 18h57

Temps de Lecture 5 min.

Le chiffre et l’image sont hautement symboliques. Le nombre de morts en Chine dus au coronavirus a dépassé le millier : l’épidémie a désormais fait 1 016 morts en Chine continentale, selon un bilan officiel publié mardi 11 février.

Le virus s’appellera désormais officiellement « Covid-19 », a annoncé mardi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Cette dénomination remplace celle de 2019-nCoV, décidée à titre provisoire après l’apparition de la maladie. Elle a été choisie de manière à être « facile à prononcer » , tout en restant sans référence « stigmatisante » à un pays ou une population particulière, a souligné Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Les autorités sanitaires ont fait état de 108 nouveaux décès en vingt-quatre heures, le plus lourd bilan quotidien enregistré à ce jour, tandis que les cas confirmés de contamination s’établissaient à plus de 42 000. Parallèlement à cette progression, le président Xi Jinping est apparu pour la première fois à la télévision nationale le visage recouvert d’un masque de protection.

Le numéro un chinois s’est rendu lundi dans un quartier résidentiel de Pékin pour assister aux efforts de lutte contre la contagion et visiter un hôpital. A cette occasion, il est apparu avec le visage couvert d’un masque de protection. Il s’est aussi laissé prendre la température de l’avant-bras à l’aide d’un thermomètre électronique, un rituel désormais courant dans le pays à l’entrée des lieux publics.

  • « Une très grave menace pour le monde », selon l’OMS

Le coronavirus constitue une « très grave menace » pour le monde, a assuré mardi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Avec 99 % des cas en Chine cela reste une grande urgence pour ce pays, mais cela constitue aussi une très grave menace pour le reste du monde », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus à l’ouverture à Genève d’une conférence de l’OMS sur la maladie. Quelque 400 scientifiques doivent passer en revue durant deux jours les moyens de combattre l’épidémie, en se penchant sur sa transmission et sur les traitements possibles.

« Ce qui importe le plus, c’est d’arrêter l’épidémie et de sauver des vies. Avec votre soutien, c’est ce que nous pouvons faire ensemble », a déclaré le chef de l’OMS aux participants. Il a notamment appelé tous les pays à faire preuve de « solidarité » en partageant les données dont ils disposent. « C’est particulièrement vrai pour ce qui concerne les échantillons et le séquençage (du virus). Pour vaincre cette épidémie, nous avons besoin d’un partage équitable », a-t-il dit.

En dehors de la Chine continentale, le virus a tué deux personnes, une aux Philippines et une autre à Hongkong, et plus de 400 cas de contamination ont été confirmés dans une trentaine de pays et territoires.

Des lits dans un hôpital à Wuhan, le 4 février.
  • Deux responsables chinois limogés

Le président chinois a évoqué lundi la situation à Wuhan, placée de facto en quarantaine depuis le 23 janvier, ainsi qu’une grande partie de sa province, le Hubei. « L’épidémie au Hubei et à Wuhan reste très grave », a-t-il reconnu, appelant à prendre « des mesures plus fortes et décisives pour enrayer résolument l’élan de la contagion ».

Son gouvernement a déjà pris des mesures radicales en interdisant à quelque 56 millions d’habitants du Hubei de quitter la province. En outre, deux hauts responsables de la province ont été limogés, a annoncé mardi la télévision d’Etat, à la suite des critiques de la population sur leur gestion de la crise.

Zhang Jin, le principal responsable communiste à la commission provinciale de la santé, et Liu Yingzi, la directrice, ont été démis de leurs fonctions sur décision du comité permanent du Parti communiste chinois (PCC) pour le Hubei. Cette décision semble destinée à apaiser l’opinion publique, qui réclamait des têtes après la mort de Li Wenliang. Cet ophtalmologue fait désormais figure de héros national face à des responsables locaux accusés d’avoir cherché à étouffer ses révélations. Un ancien vice-ministre de la commission nationale (ministère) de la santé, Wang Hesheng, remplace les deux responsables limogés.

Le Hubei est au cœur de l’épidémie, loin devant les autres régions de Chine et l’étranger : il concentre 96 % des plus de 1 000 morts enregistrés jusqu’à présent, et 74 % des cas de contamination. Lundi à la télévision, Xi Jinping s’est toutefois voulu rassurant, affirmant que l’impact du virus serait « de courte durée » et appelant à « faire très attention à la question du chômage ».

L'épidémie du nouveau coronavirus est nettement plus rapide que celle du SRAS en 2003

Nombre de cas confirmés de Covid-19 (courbe rouge) comparé au nombre de cas reportés ou suspects de SRAS-CoV en 2002-2003.
Note : les données ne partent qu'à J + 21 (Covid-19) et J + 34 (Sras-CoV) parce qu'il n'existe pas de données fiables et continues avant ces dates, dû à la fois au retard de la réaction des autorités chinoises et au manque de fiabilité des premiers diagnostics.
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  • Pas de nouveaux cas en France, les tests de Haute-Savoie négatifs

« En ce qui concerne la situation en France, il n’y a pas de nouveaux cas ce jour. Nous avons toujours onze cas confirmés dont un cas sévère », a déclaré lundi le directeur général de la santé, le professeur Jérôme Salomon, faisant le point de l’évolution de l’épidémie en France lors d’un point presse.

A propos des six malades hospitalisés à Bordeaux et dans les établissements parisiens Bichat et La Pitié, leur état « est tout à fait satisfaisant », hormis celui d’un patient chinois âgé « toujours en réanimation dans un état critique à Bichat ». Les cinq personnes porteuses du virus aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) « sont hospitalisées et dans une situation clinique tout à fait rassurante, il n’y a pas d’inquiétude aujourd’hui sur leur état de santé », a-t-il poursuivi.

Entrée d’un centre où sont pratiqués des tests à Contamines-Montjoie, en Haute-Savoie, lundi 10 février.

En Haute-Savoie, ce sont jusqu’ici « 61 personnes qui ont été testées, et 61 personnes ont eu un test négatif », a-t-il ajouté, soulignant qu’à cette date, « il n’y a pas de chaîne de transmission », ce qui est « rassurant pour la population concernée » dans ce département.

A Londres, depuis l’hôpital où il a été placé en quarantaine, l’homme d’affaires britannique à l’origine d’une transmission du virus à une dizaine d’autres personnes, notamment dans les Alpes françaises, a affirmé mardi être « complètement rétabli ».

En Russie, une étudiante chinoise, infectée par le nouveau coronavirus et hospitalisée à Tioumen (Sibérie), est sortie guérie mardi de l’hôpital, ont annoncé les autorités.

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  • Les Etats-Unis envoient du matériel médical au Laos

Les Etats-Unis ont annoncé lundi avoir envoyé du matériel médical au Laos, pays frontalier de la Chine, dans le cadre d’un programme de 100 millions de dollars (environ 90 millions d’euros) destiné à enrayer la propagation du nouveau coronavirus. L’Agence internationale pour le développement (Usaid) a rapporté avoir envoyé 440 paires de lunettes de protection et 1 500 blouses chirurgicales au Laos.

De son côté, le président des Etats-Unis, Donald Trump, s’est voulu rassurant : « D’ici avril, ou au cours du mois d’avril, la chaleur en général tue ce genre de virus, a-t-il déclaré depuis la Maison Blanche. Ce serait une bonne chose. » Une affirmation jugée discutable par les experts, alors que beaucoup d’aspects du virus restent à découvrir.

Par ailleurs, le ministère américain des affaires étrangères a annoncé mardi avoir autorisé son personnel consulaire à quitter Hongkong en raison des inquiétudes liées à l’épidémie.

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