Le coronavirus vu du sud de la France : « A l’époque de la Grande Peste, on mettait les gens en quarantaine sur des îles »

Les riverains des Milles, à Aix-en-Provence, près du site où sont confinés des Français rapatriés de Chine, sont inquiets du choix des autorités.

Par Publié le 05 février 2020 à 12h16 - Mis à jour le 05 février 2020 à 19h20

Temps de Lecture 3 min.

Un bus transportant des ressortissants français rapatriés de Chine, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 2 février.
Un bus transportant des ressortissants français rapatriés de Chine, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 2 février. CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Certains évoquent la Grande Peste, d’autres craignent que le mistral qui vient de se lever ne disperse « des miasmes » partout aux alentours. Peur et méfiance sont bien ancrées chez certains habitants des Milles, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), dans cette zone à l’écart du centre-ville que l’Etat a choisi pour placer en quarantaine 76 ressortissants français et étrangers, dont six mineurs et quatre femmes enceintes, qui ont fui le coronavirus qui touche la région de Wuhan, en Chine.

Les autorités ont beau répéter que le virus est bien moins dangereux que la grippe qui, elle, tue plus de 10 000 personnes par an sur le territoire, l’angoisse n’est jamais loin.

Lire les dernières informations : Hongkong impose une « quarantaine obligatoire » à tous les visiteurs venant de Chine continentale

Mardi 4 février, dans la salle des Vignerons des Milles, il a fallu pas moins de six intervenants pour rassurer la centaine d’habitants présents : la maire de la ville, Maryse Joissains-Masini (LR), le directeur de l’Agence régionale de santé, Philippe de Mester, le préfet de région, un médecin, un sous-préfet, et le directeur de l’école des pompiers d’Aix-en-Provence, où sont logées les personnes mises en quarantaine. Mais l’idée d’un virus « qui peut muter » et dont « on ne sait franchement pas grand-chose » fait craindre le pire.

Avec pédagogie et parfois un certain agacement, en appelant à « la science et pas la croyance », le patron de l’ARS, Philippe de Mester, tente de désamorcer les craintes, et dénonce au passage les réseaux sociaux où « on a droit à tout, théories conspirationnistes, complotistes, et même racistes ». Le public semble sur la défensive, à l’image de cet écho qui résonne dans la salle, à chaque fois qu’un des interlocuteurs sur scène ne répète qu’« aucun rapatrié n’a testé positif au virus » qui répond à demi-voix : « Pour l’instant ! »

Lire notre reportage à Carry-le-Rouet : « Moi aussi j’ai flippé au début. Mais en vrai, ça va »

Calmer les esprits

CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Pour calmer les esprits, le préfet Pierre Dartout promet que des équipes continueront d’aller à la rencontre des riverains, comme elles ont déjà commencé à le faire. « Faux », répond une femme dans l’assemblée. « J’habite à 200 mètres, et j’ai tout appris sur les réseaux sociaux. » Véronique Guimbal, chignon serré et pull gris, responsable administrative d’une entreprise voisine du site, se lève à son tour : ses salariés ont demandé à user de leur droit de retrait, et elle n’a pas trouvé d’interlocuteur pour leur répondre. Certains employés ne se sont même pas présentés vendredi 31 janvier. « Nous n’avons pas eu de visite de l’Etat et nos salariés se sont vraiment inquiétés, explique-t-elle. C’est très difficile pour nous. »

Face à ceux qui s’inquiètent du vent, le patron de l’ARS explique le mode de contamination : « Le virus n’est absolument pas volatil, il vit dans l’eau [la salive et les postillons par exemple], l’air ne peut pas le transporter. » Une femme s’exclame : « Et bien, à Carry-le-Rouet, ils sont mal barrés ! », évoquant cette autre commune des Bouches-du-Rhône où plus de 200 rapatriés de Wuhan sont en quarantaine, dans un centre de vacances au bord de la mer.

Mais la question qui revient le plus souvent dans la bouche des habitants est la suivante : pourquoi avoir placé ces personnes près de chez eux ? « A l’époque de la Grande Peste, les gens, on les mettait en quarantaine sur des îles, assène un ancien gendarme. Ce n’est pas comme si la Méditerranée manquait d’îles. » Une femme au carré blond s’emporte : « Il n’y a pas des endroits disponibles, à Paris ? », pendant qu’un homme s’interroge sur le fait « qu’on ait récupéré des ressortissants étrangers ».

Le préfet répond qu’il s’agit d’un acte de « solidarité », rappellent « l’angoisse et le stress que ces gens ont vécu au début de l’épidémie en Chine », et surtout, expliquer que de les placer sur une île « n’aurait pas été bon » symboliquement, évoquant « l’utilisation de l’archipel du Frioul au XVIIIe siècle ». C’est là, en face de Marseille, qu’étaient placés les équipages en quarantaine, après la Grande Peste qui avait fait près de 100 000 morts en Provence.

Certains repartent satisfaits, comme Véronique Guimbal, qui estime avoir obtenu les réponses dont elle avait besoin pour rassurer ses salariés. Mais beaucoup semblent toujours inquiets. « Je ne suis pas convaincue, assure Mireille de Guaridel, une retraitée de 70 ans habitant les Milles. Ils affirment des choses qu’ils ne maîtrisent pas. » Une nouvelle réunion devrait avoir lieu la semaine du 10 février.

Lire aussi : en Chine, des mesures drastiques étendues à 3 villes et des dizaines de millions d’habitants
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