A Madrid, une marche pour le climat pour mettre la COP25 sous pression

« Les dirigeants actuels nous trahissent et nous ne laisserons plus cela se produire », a déclaré la jeune Suédoise Greta Thunberg lors d’une marche, vendredi, dans la capitale espagnole

Par Publié le 06 décembre 2019 à 22h52 - Mis à jour le 07 décembre 2019 à 10h03

Temps de Lecture 3 min.

Des manifestants défilent pour exiger des dirigeants mondiaux qu’ils prennent des mesures concrètes contre le changement climatique, lors d’une manifestation à Madrid, le vendredi 6 décembre 2019.

Ils ne sont pas prêts à attendre. Ni dix, ni cinq, ni même un an. « Quand voulons-nous le changement ? », crie une manifestante sur l’avenue de la Castellana, l’artère principale de Madrid, vendredi 6 décembre au soir. « Maintenant », répondent en chœur une centaine de militants du collectif Extinction Rebellion, tout en brandissant des pancartes avec des têtes de mort et des squelettes d’animaux, sur un fond dérangeant d’ondes sonores.

« Cette performance est un cri collectif face à l’extinction de notre planète », résume Léo, venu de Barcelone. Derrière lui, des cortèges de populations mapuches du Chili et indigènes d’Amazonie, en habits traditionnels, exigent le respect de leur terre. Devant, ce sont les jeunes du mouvement Fridays for Future qui réclament une « justice climatique ».

Des dizaines de milliers de personnes ont ainsi défilé dans la capitale espagnole, en marge de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP25) qui s’y tient jusqu’au 13 décembre, pour alerter sur les conséquences du réchauffement de la planète et demander aux responsables politiques d’agir au plus vite. « Sans planète, il n’y a pas d’avenir », « Nous nous battons pour la vie », « Il n’y a pas de planète B », ou « Ce sommet est une farce » s’affichaient sur les écriteaux brandis par près de 20 000 manifestants selon la préfecture, 500 000 selon les organisations écologistes, qui se sont dirigés vers la scène où la jeune militante suédoise Greta Thunberg a prononcé un discours.

« Le changement est en marche » a déclaré la jeune militante suédoise Greta Thunberg lors de son discours, vendredi 6 décembre à Madrid.

Greta Thunberg contrainte de quitter le cortège

« L’espoir n’est pas entre les murs de la COP25, mais ici, avec vous : nous montrons la voie et les puissants doivent nous suivre », a martelé l’égérie du mouvement pour le climat, arrivée le matin même en train depuis Lisbonne, qu’elle a rejoint en catamaran des Etats-Unis, laissant transparaître son pessimisme quant aux résultats du sommet. « Les dirigeants actuels nous trahissent et nous ne laisserons plus cela se produire. Le changement est en marche, qu’ils le veuillent ou non, car nous n’avons pas d’autres choix… », a ajouté l’adolescente de 16 ans, contrainte, plus tôt, de quitter le cortège, bloquée par la nuée de journalistes et de manifestants qui l’entourait, et de finir la manifestation en voiture (électrique).

L’acteur espagnol Javier Bardem s’est aussi adressé à la foule. « Nous n’avons que dix ans pour freiner les pires conséquences du changement climatique », a-t-il déclaré, demandant aux politiques « d’être à la hauteur » et de s’engager sur une réduction de 65 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990, au lieu de l’objectif actuel de 40 %.

« Nous vivons l’un des moments les plus critiques de notre histoire et, pour la première fois, nous parlons d’une seule voix », a-t-il ajouté, qualifiant de « stupide » le président américain, Donald Trump, qui a décidé de quitter l’accord de Paris sur le climat (conclu à l’issue de la COP21, en décembre 2015).

Dans le cortège de la marche pour le climat, à Madrid, où se tient la COP25.

« Ce sont nos filles qui nous ont demandé de manifester »

Dans la foule variée, jeunes, personnes âgées et familles, chacun tire la sonnette d’alarme. « On voit de plus en plus de catastrophes naturelles : il est temps d’agir », souligne Isabel, bibliothécaire de 65 ans. « Les gens doivent prendre conscience qu’il faut consommer moins, bannir le plastique, réduire la voiture, car c’est la planète que nous laisserons à nos enfants », assure Gemma Gimenez, consultante en informatique, accompagnée de sa fille de 7 ans, un serre-tête de Noël sur les cheveux.

Felipe Gomez, cuisinier colombien installé à Madrid, dénonce la « privatisation des ressources naturelles qui ne bénéficie qu’à une élite » et la « répression des mobilisations sociales en Amérique latine ». « Le gouvernement du président brésilien [Jair] Bolsonaro est en train de vendre l’Amazonie et fait passer les intérêts économiques devant l’environnement : notre peuple va en souffrir, mais aussi toute la planète », affirme plus loin Iheriny Delirrege, Brésilien de 30 ans venu de Bilbao pour dénoncer ce qu’il appelle un « écocide ». « Ce que les gens demandent, c’est un changement de système, avec plus de participation et plus de respect de la Terre et de ses habitants », assure Abel Sana, étudiant en sociologie de 22 ans, venu de Salamanque.

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Quatre préadolescentes de 11 ans, Uxia, Alea, Mara et Noa, marchent devant leurs parents en scandant « Soyons concrets pour sauver la planète ». « Ce sont nos filles qui nous ont demandé de manifester », assure l’un d’eux, Javier Alvarez, architecte de 48 ans.

Il n’est pas sûr que la COP25, confrontée aux réticences de nombreux gouvernements, parvienne à avancer sur la résolution des derniers points conflictuels de l’accord de Paris, comme le marché carbone ou le financement des conséquences du réchauffement climatique. « Nous ne sommes pas des experts : nous demandons juste aux gouvernements d’écouter les scientifiques et d’accélérer le rythme, insiste Paula Mancebo, porte-parole du mouvement Fridays for Future Espagne. Nous n’avons pas de temps à perdre. »

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