Maroc : le journaliste d’investigation Omar Radi longuement interrogé par la police

Après plusieurs heures d’interrogatoire, le journaliste Omar Radi est ressorti des locaux de la police où il avait été convoqué dans le cadre d’une enquête, deux jours après la mise en cause du pouvoir marocain dans l’espionnage de son téléphone.

Par Publié le 24 juin 2020 à 22h56 - Mis à jour le 26 juin 2020 à 16h45

Temps de Lecture 2 min.

Le journaliste Omar Radi, à Casablanca, le 5 mars.

Le journaliste d’investigation marocain Omar Radi est sorti, jeudi 25 juin, des locaux de la brigade nationale de la police judiciaire marocaine après plusieurs heures d’interrogatoire.

Ce journaliste de premier plan et militant des droits de l’homme, fondateur et contributeur du média Le Desk, avait été convoqué par la police dans le cadre « d’une enquête sur son implication présumée dans une affaire d’obtention de financements de l’étranger, en relation avec des services de renseignement », selon un communiqué du procureur du roi du Maroc près la cour d’appel de Casablanca. Omar Radi s’attend à être convoqué de nouveau dans les tout prochains jours.

Cette convocation lui était parvenue deux jours après la publication d’un rapport d’Amnesty International mettant en avant la responsabilité de l’Etat marocain dans l’espionnage du journaliste.

« Les accusations [me concernant] sont non seulement infondées mais ridicules », a réagi Omar Radi dans une déclaration transmise à sa sortie au collectif international de journalistes Forbidden Stories – dont Le Monde fait partie :

« L’enquête du parquet est basée sur des informations publiées dans des sites d’information pro-establishment qui leur ont été fournies par les services de renseignement marocains : mes informations bancaires, mes conversations téléphoniques, etc. Pour moi, cette affaire est une inquiétante descente aux enfers pour les journalistes en général qui voient leur travail le plus basique criminalisé. »

Pour le journaliste, il ne fait aucun doute que l’enquête a été déclenchée à la suite des révélations d’Amnesty International et des médias internationaux partenaires de Forbidden Stories sur le cyberespionnage dont il a fait l’objet. « La presse “jaune” a commencé à me lyncher et à publier de fausses informations sur moi et mes proches, au moment même où Amnesty questionnait les autorités sur l’espionnage de mon téléphone », a-t-il affirmé à l’Agence France-Presse.

Inquiétude internationale

Omar Radi, journaliste et militant des droits de l’homme, condamné en début d’année au Maroc pour un Tweet critiquant la justice de son pays, a vu, en 2019, son iPhone être visé par une attaque informatique sophistiquée. Selon les constatations techniques d’Amnesty, seul l’Etat marocain était capable de mettre en œuvre cette attaque nécessitant un équipement extrêmement coûteux ou une collaboration des opérateurs téléphoniques.

Lire l’enquête : Amnesty International dénonce l’espionnage d’un journaliste marocain par une technologie quasi indétectable

Les autorités marocaines n’avaient pas souhaité répondre aux questions du collectif Forbidden Stories, dont font aussi partie le Guardian, le Washington Post ou encore la Süddeutsche Zeitung, et auquel Amnesty International avait transmis ses conclusions. Elles n’ont pas démenti l’information après publication, même si des sources anonymes, s’exprimant dans des médias proches du pouvoir, ont mis en doute, sans apporter de preuve, la validité du rapport d’Amnesty.

Dans un entretien réalisé par le collectif au nom de tous les médias partenaires de ce travail d’investigation, Omar Radi avait violemment critiqué le rôle des autorités marocaines dans son piratage, soulignant une éventuelle responsabilité de la direction générale de la surveillance du territoire (DGST), un service de renseignement marocain. « Ils sont censés surveiller le territoire, mais ils interviennent aussi beaucoup dans le champ politique. Et ils révèlent la vie privée des gens, ils exposent d’autres, ils font s’entre-tuer d’autres. Ils font beaucoup de sale boulot, c’est un appareil de barbouzes », avait jugé le journaliste.

Les experts d’Amnesty International ont notamment découvert, en examinant les traces laissées par l’attaque, les signes d’une implication de l’entreprise israélienne NSO. Cette dernière a annoncé se pencher sur les révélations de l’ONG.

Lire aussi Comment l’iPhone du journaliste marocain Omar Radi a été espionné par un logiciel presque indétectable
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